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Avec Cinévallée, Mozart... à Saint-Mamet

Cinévallée présente, vendredi soir, à la salle des fêtes de Saint-Mamet, le célébrissime film de Milos Forman "Amadeus".



Mercredi 13 Juillet 2016
Roger Cussol


Et si Mozart était la première rock-star de l'histoire ? Voilà à peu près le pitch de ce faux biopic encensé à sa sortie, en 1984.

Petit retour sur cette oeuvre baroque aux allures de requiem. Tout commence par un soupir et se termine par un rire. Entre les deux, trois heures où ces émotions, a priori contraires, ne vont cesser de se déchirer, s'entre-dévorer, voire fusionner.

Car Amadeus est bien l'histoire d'un affrontement. Une lutte de pouvoir entre un besogneux et un talentueux.

D'un côté, Antonio Salieri, présenté comme un compositeur sans génie mais adoubé par la cour des Habsbourg ; de l'autre, Wolfgang Amadeus Mozart, chien fou imprévisible au génie aussi évident qu'encombrant, rejeté d'à peu près tout le monde. Un soupir et un rire, donc. Au bout de sa vie, un Salieri impotent, oublié et amer, crie : "Pardonne, Mozart, pardonne à ton assassin !" avant de se trancher la gorge de désespoir.

L'homme rejoint illico les fous à l'asile. Wolfgang, déjà six pieds sous terre depuis bien longtemps, lui répond d'outre-tombe après un long flash-back de son rire généreux et décapant. "À moi les honneurs de l'immortalité !" semble lui dire celui qui - dit-on - a écrit son premier concerto à 4 ans, sa première symphonie à 7 et son premier opéra à 12.

Dans ce combat inégal c'est, bien sûr, celui qui a gardé la foi malgré ses errances, qui est promis à l'éternité. Aujourd'hui, Mozart est un monument, et Salieri, un nom parmi d'autres dans les dictionnaires de musique. Et s'il est vrai que le film de Milos Forman l'a replacé dans le décor, pas sûr que l'intéressé y ait gagné au change. En effet, Salieri incarne ici le mal, la jalousie, le personnage qui précipitera Mozart dans la tombe à force de mensonges et de coup bas. Tout est donc vu du point de vue de Salieri, qui se retrouve, de fait, être le véritable personnage principal du film, et ce pas de côté permet à Forman de nous proposer un véritable chef-d’oeuvre, atteignant à l’occasion le mythique et le sublime.

Mozart / Salieri

Tout le film se construit sur cette simple opposition qui en recouvre beaucoup d’autres : l’austérité et la joie, la pulsion de mort et la pulsion de vie, et surtout, le talent travaillé de l’artisan et le pur génie habité par l’enthousiasme et l’inspiration.

Car c’est bien ce qu’est Mozart : le génie absolu, totalement non-conventionnel, d’un orgueil démesuré et animé d’une force vitale qui emporte tout avec elle. Forman prend des libertés avec l’histoire, et il fait bien : la scène d’écriture à quatre main du Requiem, totalement apocryphe, est un pur chef d’oeuvre.

Et si le film est réussi, c’est que Mozart dépasse sa propre personne : il est moderne parce que le génie est intemporel, et le film nous le montre comme une véritable rock star, mélange de Kurt Cobain et d’Elton John, excessif, excentrique.

La pièce de Peter Shaffer dont s'inspire le scénario du film perpétue en effet la légende - relayée en son temps par Pouchkine - selon laquelle le compositeur italien aurait empoisonné le prodige viennois. Les spécialistes préfèrent, eux, retenir l'image d'un compositeur "plus élégant que profond" qui fut - excusez du peu ! - le professeur de musique de Beethoven, Schubert, Liszt et - dixit le Dictionnaire de la musique (Larousse) - "…mourut comblé d'honneur, regrettant sincèrement que son succès ait réduit Mozart à la misère."

Vraie ou pas, la sauce a plutôt bien pris : huit Oscars et un succès international sont là pour en témoigner.

En prenant ses distances avec la réalité, Amadeus, de Milos Forman, dépasse le statut de simple biopic (qu'il n'est pas, puisque l'intrigue s'intéresse uniquement aux dix dernières années de Mozart) pour devenir une oeuvre baroque sur la solitude des génies, dans la droite lignée des fameux Casanova, de Fellini (1976), et Ludwig, de Visconti (1972), parangons du genre. Mais le film doit surtout son existence et ses 18 millions de dollars de budget à des films comme Fitzcarraldo, de Werner Herzog (1981), ou Gandhi, de Richard Attenborough (1982), qui ont remis les biographies filmées au goût du jour. La vie des grands hommes torturés a toujours été cinégénique.

L'histoire du film Amadeus remonte à 1979. Milos Forman, cinéaste d'origine tchèque, a quitté son pays et son Printemps de Prague dix ans auparavant pour les collines hollywoodiennes où les succès combinés de "Vol au-dessus d'un nid de coucou", "Ragtime" et "Hai"r lui assurent le respect de l'industrie.

C'est pourtant à Londres qu'il va trouver l'inspiration de son prochain opus, où un ami l'invite à découvrir une pièce baptisée simplement Amadeus. Tout est réuni pour séduire le cinéaste, à commencer par la figure du héros solitaire et anticonformiste, victime d'une société aliénante. On reconnaît là le Randle McMurphy de Vol au-dessus d'un nid de coucou, le hippie de Hair et bientôt Larry Flint et Andy Kaufman de Man on the Moon.

De retour dans sa patrie d'adoption, Forman s'enferme dans sa ferme du Connecticut avec l'auteur de la pièce, Peter Shaffer, en vue d'une adaptation pour le grand écran : "Ce qui marche au théâtre, où le caractère factice des décors fait partie du jeu, explique Forman, sera ridicule sur grand écran, où il faut tenter de capter au plus près la réalité."

La notion de réalité, on l'a dit, est à prendre avec des pincettes tant Forman va s'ingénier à extrapoler la vie de Mozart. Tout ou presque est donc à revoir. Peter Shaffer se souvient de séances de travail harassantes sous les ordres d'un tyran dont l'exigence peut être élevée au rang des beaux-arts.

Le scénario bouclé, le réalisateur et son équipe de production s'attellent à la tâche. Il faut trouver un casting cohérent, c'est-à-dire pas de stars afin de ne pas faire de l'ombre à la seule qui vaille ici : le compositeur de La flûte enchantée.

Dans les petits papiers de préparation, on trouve bizarrement le nom de Mick Jagger accolé à celui de Mozart. Un Rolling Stone dans le Vienne de la fin du XVIII° siècle, pas sûr que le résultat eût été fameux. Ce sera finalement Tom Hulce qui héritera de la sainte perruque. Qui est Tom Hulce ?

Inconnu au bataillon, le comédien d'origine américaine, avec son physique plutôt banal, est la surprise du chef. Repéré au milieu d'un millier de prétendants, le comédien va se fondre corps et âme dans la peau du compositeur, lui ajoutant au passage un rire inimitable. Ce fameux gémissement - un tantinet agaçant - était décrit par les contemporains de Mozart comme "un étourdissement contagieux" ou "du métal rayant du verre". Pas mieux. Tom Hulce, depuis, a rejoint la famille aussi glorieuse que pathétique des acteurs associés à un seul rôle. Il a été vu récemment au détour d'un bonus d'une énième édition collector du film et ressemble à un improbable croisement entre John Travolta et Luc Besson.

Dans la peau de Salieri - qui reste le personnage le plus fascinant du film -, F. Murray Abraham décroche par hasard la timbale en donnant la réplique à Tom Hulce lors d'essais pour dépanner Forman. L'expressivité diabolique de son visage donne continuellement à son personnage l'image d'un oiseau de mauvais augure. Il décrochera d'ailleurs l'Oscar du meilleur acteur aux dépens de son partenaire. Une revanche posthume de Salieri sur Mozart, en somme. L'une des prouesses du film est d'avoir été quasi intégralement tourné en décor et en lumière naturels. Si, jusqu'ici, Kubrick et son Barry Lindon avaient l'apanage du film éclairé à la bougie, Amadeus leur a emboîté le pas.

C'est à Prague et non à Vienne qu'auront lieu les prises de vues. La capitale tchèque a l'avantage d'avoir su préserver son identité malgré les siècles. Pour Milos Forman, c'est un retour au pays après des années d'exil.

Au début des années 80, le rideau de fer n'est pas encore tombé et la guerre froide bat son plein. Sur le plateau, des espions surveillent les faits et gestes de cette équipe venue de l'Ouest. Le point d'orgue de cette superproduction sera le tournage de la représentation de Don Giovanni dans les lieux mêmes où Mozart le présenta deux siècles auparavant. Le fameux théâtre a d'ailleurs failli partir définitivement en fumée après qu'un acteur du film a voulu jouer les torches humaines.

Aujourd'hui, que reste-t-il de cet Amadeus qui a entraîné des hordes de spectateurs dans les salles en 1984 ?

Le film tient toujours debout. Le caractère volontairement baroque de la mise en scène crée du fantasme et introduit un onirisme qui place d'emblée le film sur orbite. Articulé comme un lent requiem, le film avance au diapason de la musique omniprésente de Mozart.

Si certains puristes continuent de se gausser en voyant ce tableau truffé d'inexactitudes, Milos Forman, l'iconoclaste, peut, sans rougir, paraphraser son héros : "Pardonnez-moi Majesté, je suis un homme vulgaire mais - je peux vous l'assurer - ma musique ne l'est pas !" Totalement décadent, Amadeus est de ces films qui nous envoûtent totalement et qu’on voit et revoit avec toujours le même bonheur.

Quant à la BO… elle est la plus sublime qu’on puisse imaginer.

Du côté pratique :

Vendredi 15 juillet 2016
A 20h30
Salle des Fêtes
Saint-Mamet

Roger Cussol
Roger Cussol

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