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Bienvenue aux nouveaux bouchers de la rue Gambetta !

Louchébem : c'est le nom de la nouvelle boucherie de la rue Gambetta. Louchébem ? Un mot, en argot des bouchers. Explications et rencontre avec Jean-Michel et Natalia...



Mardi 29 Août 2017
Nadyne Vern-Frouillou


Natalia Kichinevskaya et Jean-Michel Renaud au comptoir de la nouvelle boucherie de la rue Gambetta "Louchébem" (Photo © NVF)
Natalia Kichinevskaya et Jean-Michel Renaud au comptoir de la nouvelle boucherie de la rue Gambetta "Louchébem" (Photo © NVF)
Lonjourbem / Bonjour ! Soyez rassurés, je ne vais pas écrire cet article en Louchébem ! Un mot qui vous était peut-être inconnu, mais qui va devenir familier aux Luchonnais et à tous ceux qui viennent séjourner à Luchon, puisque c'est le nom de la nouvelle boucherie qui vient d'ouvrir/de ré-ouvrir au n° 3 de la rue Gambetta, à côté du Studio-Photo Domy.
 
Nous reviendrons plus en détail sur cet "argot" des bouchers après avoir fait plus ample connaissance avec Jean-Michel Renaud et Natalia Kichinevskaya.
 
L'un et l'autre ne sont pas des inconnus à Luchon puisqu'ils étaient tous deux employés d'Intermarché. Cependant, si Natalia était vendeuse et donc en contact avec le public, Jean-Michel Renaud travaillait davantage en coulisse, c'est à dire au "laboratoire" de la boucherie.
 
Originaire de Gourdan-Polignan et fils d'un chef-cuisinier, Jean-Michel a baigné dans le milieu boucher via ses oncles et cousins, tous bouchers. Cette hérédité va décider indirectement de son avenir.

"Je n'aimais pas trop l'école, raconte Jean-Michel et donc dès l'âge de 16 ans, mon père m'a suggéré la boucherie. En fait, il avait constaté que ses beaux-frères et neveux vivaient bien de ce métier et il souhaitait nous offrir un avenir confortable, surtout à moi qui était le premier garçon (attendu!) après deux filles et que pour cette raison, il me chouchoutait  un peu ! Ainsi je me souviens que bien qu'il ait joué au rugby, mais parce qu'il trouvait ce jeu trop brutal et qu'il avait donc peur que je me fasse mal, (rires) il m'avait fait préférer le foot !"

Jean-Michel a fait sa première année d'apprentissage chez un boucher de Montréjeau mais celui-ci oublia régulièrement de rémunérer son jeune apprenti ce qui contraria fortement son père qui fit changer son fils de formateur.

Ne conservant que le bon souvenir d'avoir beaucoup appris, Jean-Michel poursuivit son apprentissage, toujours à Montréjeau mais chez Marc Dupin. Après avoir obtenu son C.A.P, il fit ses débuts à l'Intermarché de Luchon, trois ans comme ouvrier puis vingt-cinq ans comme chef – boucher. C'est là que Cupidon lança sa flèche en direction de Natalia, la vendeuse du rayon boucherie.

Par souhait d'indépendance, le couple quitta la grande surface de Moustajon en février 2017, pour se consacrer à leur projet : l'ouverture d'une boucherie.

"Après tant de temps passé à l'Intermarché, mon patron comprit parfaitement mon envie et son père qui le précéda à la tête du magasin me félicita même, Tu as raison Jean-Michel, tu fais ce que j'ai fait il y a quarante ans..."

Après sa longue expérience en pratiquant son métier dans un certain anonymat, Jean-Michel Renaud avait envie de vraiment vivre les traditions bouchères.
C'est ce qui explique qu'il ait choisi de baptiser son entreprise "Le louchébem". 

"La première différence avec mon activité précédente, c'est que je vais avoir un contact avec les clients. C'est très agréable de découper, presque ensemble, à la demande du client qui me regarde travailler. A Intermarché, je passais mes journées en laboratoire, je coordonnais les coupes, je préparais tout ce qu'il fallait pour la journée. Je n'allais jamais en rayon où tout était en libre-service. Mon désir les a inspirés car depuis mon départ, ils ont créé un rayon de boucherie plus traditionnelle. Les gens recherchent de plus en plus des produits de qualité qu'ils privilégient à la quantité. Et notre souhait c'est de satisfaire la clientèle avec des produits de qualité".

Pour cela, Jean-Michel Renaud s'approvisionne chez des chevillards de Saint-Gaudens qui vendent des produits d'éleveurs locaux.

"C'est plus simple pour l'instant, mais je passerai bien sûr au direct producteurs. Avec la loi de traçabilité, nous sommes tenus d'afficher en magasin l'origine très précise des animaux. C'est une garantie officielle de provenance qui plaît au consommateur. Nous avons la chance d'avoir de bons produits locaux, il faut les utiliser ,les valoriser. L'agneau des Pyrénées a une saveur incomparable. Dernièrement, les clients pouvaient voir que mon veau venait de Campistrous dans les Hautes Pyrénées..."

Si Jean-Michel, qui se définit comme un amateur de viande, donne sa préférence au bœuf dans son assiette, sur son étal, il aime beaucoup travailler l'agneau "c'est plus précis, c'est une viande qui demande plus d'exigence et offre plus de possibilités".

Sûr que Jean-Michel Renaud ne tardera pas à transmettre son savoir à un apprenti pour le faire bénéficier de la même chance que lui mais mais il regrette que "ce métier n'intéresse pas les jeunes. On manque beaucoup de bouchers en France. Les jeunes fuient les contraintes donc tous les métiers où il faut travailler tout ou partie du week-end. Ils veulent bien gagner de l'argent mais il faut que ce soit dans de bonnes conditions, c'est à dire avec peu d'heures et surtout la liberté du week-end".

Jean-Michel a heureusement une équipière de confiance, son épouse Natalia, d'origine moldave mais luchonnaise depuis vingt trois ans. "Je connais bien mon mari, puisque j'ai déjà travaillé à ses côtés, et je sais qu'il peut faire de très belles choses. C'est pour ça que j'ai soutenu son projet à 100 % ! Il est discret et modeste mais moi je peux dire qu'il connaît parfaitement son métier et qu'il a beaucoup de talent".

Et si elle se décrit comme assez réservée, son mari la trouve "enthousiaste et travailleuse. Avec une personne comme elle, on a envie d'avancer. Nous formons une équipe, c'est ce qui fait notre force. Nous sommes complémentaires. Il est difficile d'expliquer nos différences et ce qui nous rapproche ,parce que c'est naturel."

Administrativement Française (la Russie n'acceptait pas la double nationalité), Natalia se sent française dans le cœur même si elle reconnaît toujours garder son côté slave. "A partir de cette année, je vais avoir vécu plus longtemps en France qu'en Moldavie que j'ai quitté à vingt quatre ans. Ce n'est pas la montagne comme ici, c'est un pays de collines au pied des Carpates, entre l'Ukraine et la Roumanie, un pays où abonde la vigne et de très bon vins." Natalia est fière et heureuse d'évoquer les plus longues caves d'Europe, les caves de Cricova qui forment une véritable ville souterraine de plus de cent kilomètres de rues, s’étendant sur à peu près cinquante trois kilomètres carrés. 

Natalia évoque aussi la cuisine et on trouvera donc naturellement quelques spécialités russes au rayon traiteur, au côté des spécialités commingeoises dont Jean-Michel détient quelques recettes authentiques confiés par de bonnes cuisinières ou restaurateurs du Pays de Luchon.

Après les premiers jours d'ouverture, Jean-Michel Renaud reste confiant "L'ouverture qui aurait dû se faire début juillet a été retardé pour des raisons techniques, il nous reste encore quelques aménagements à compléter mais je ne suis pas inquiet. Les gens qui sont venus, reviennent. C'est bon signe !"

Et quand on demande à Jean-Michel Renaud le célèbre "conseil du boucher" pour les lecteurs de "Luchon Mag", il répond par un clin d'oeil "Mon conseil ? Faire confiance à son boucher ! Et si le client n'est pas satisfait qu'il en change !"
 
 
 
 

Du côté pratique :

L'ancienne boucherie luchonnaise a été relookée pour accueillir les clients dans un décor spacieux et lumineux (Photo © NVF)
L'ancienne boucherie luchonnaise a été relookée pour accueillir les clients dans un décor spacieux et lumineux (Photo © NVF)
"Le louchebem" au 3, rue Gambetta à Luchon
Téléphone : 05 61 88 89 29 
Jours et heures d'ouverture :   
tous les jours sauf le jeudi.
de 8h à 12h30 et de 15h30 à 19h30 les lundi, mardi, mercredi, vendredi et samedi ;
de 8h à 13h, le dimanche matin.

Le Louchebem, qu'es aquo ?

Définition et premier cours !

Si le louchebem ou loucherbem est l'argot des bouchers parisiens et lyonnais du début du XIX° siècle, il ne semble pas cependant qu'il ait créé à Paris. 

Les plus anciens mots attestés du louchébem se trouvent, mêlés à l'argot du bagne de Brest, dans les écrits d'un forçat, Ansiaume, datés de 1821.

Le louchébem est un largonji (jargon) que le lexicographe Gaston Esnault explique ainsi :

"Le largonji substitue un «  l » à la consonne initiale de la première syllabe ou — si le mot commence par un/ou une voyelle — le «  l » se place au début de la syllabe suivante et on rétablit, en fin de mot, la consonne initiale avec un suffixe libre.

Strictement, le louchébem est une « variété plus rigide de largonji où la terminaison en -èm est  obligatoire ».

Cela vous semble peut clair ? "Luchon Mag" va donc éclairer votre lanterne !

Nous avons tous, gamins, parlé ou essayé de parler javanais pour que nos parents ou les "étrangers" de la bande de copains ne comprennent nos secrets ! On habillait ,on dissimulait les mots existants en les modifiant suivant une certaine règle.

C'est le même principe pour le louchébem. 

Le processus de création lexicale du louchébem se rapproche du verlan – à cause de l'inversion - et du javanais...- à cause de l'ajout d'une syllabe (déroutante) et il s'approche même (un tout petit peu) du gascon !

Preuve à l'appui, ci-après.  

1 ) la consonne ou le groupe de consonnes au début du mot est reportée à la fin du mot et remplacée par un « l »,

2 ) on ajoute un suffixe  argotique au choix, par exemple -em/-ème, -ji, -oc, -ic, -uche, -ès.
Exemple : sac devient lacsem  ou lacsjiboucher devient loucherbemjargon devient largonji, etc.

C'est simple... en théorie ! En pratique, je vous le concède, c'est (un peu) plus compliqué !

Presque facile cependant pour les Occitans puisque c'est le même principe que pour pour transformer certains mots d'occitan languedocien en occitan gascon.

Le louchébem qui reste de nos jours connu et utilisé dans l' univers professionnel de la boucherie, est d'abord et surtout un langage oral. Maintenant que nous avons trois boucheries à Luchon, ( il yen eût jusqu'à quatorze ne nous étonnons pas si nous entendons les bouchers luchonnais parler entre eux une langue autre que le français ou le gascon !

L'orthographe du louchebem est très souvent phonétisée (version française et non en API, Alphabet phonétique international). Le louchebem reste donc un moyen d'expression réservé aux bouchers français qui se servent du louchébem en communauté.

Voici quelques exemples :

•                l'argot = largomuche
•                à poil = à loilpé
•                bonjour = lonjourbem
•                boucher = louchébem
•                client = lienclès
•                café = laféquès
•                combien = lombienquès
•                comprend = lomprenquès
•                femme = lamfé ou lamdé (lamdé est plus précisément une « dame »)
•                fou = louf (loufoque)
•                gaffe (attention) = lafgué
•                garçon = larsonquès
•                gitan = litjoc
•                gigot = ligogem
•                maquereau = lacromuche
•                monsieur = lesieumic
•                morceau = lorsomic
•                paquet > pacson = lacsonpem
•                pardessus = lardeuss (lardeussupem)
•                pardon = lardonpem
•                parler = larlépemès
•                pas = dans le lap (dans l'expression lomprenquès dans le lap)
•                patron = latronpem ou latronpuche
•                porc = lorpic
•                pourboire = lourboirpem
•                putain (prostituée) = lutinpem
•                sac = lacsé
•                toqué = locdu
 
 

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