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Chronique Occitane. 12 septembre 1213 : cette "Bataille de Mureth" qui aurait pu changé le destin de l'Occitanie

Un évènement tristement décisif pour l'avenir de l'Occitanie. Avec cette défaite des troupes occitano-aragonaises, le rêve d'une "Grande Occitanie" dont la chaîne pyrénéenne aurait été la colonne vertébrale au lieu de devenir une frontière, s'est définitivement évanoui.



Mardi 12 Septembre 2017
Nadyne Vern-Frouillou


Bataille de Muret d'après une enluminure
Bataille de Muret d'après une enluminure
Située au sud de Toulouse, la ville de Muret s'écrit Mureth en occitan, ce qui explique la prononciation du "t" final qui valait à un de ses hôtes célèbres devenu président de la République, Vincent Auriol, de se faire moquer pour son accent. Les journalistes parisiens l'appelaient Vincent Tauriol en marquant fortement la liaison entre son prénom et son patronyme !
 
La bataille de Muret se situe dans la période de la guerre de conquête menée, par Simon de Montfort, sous Louis IX (que l'histoire officielle a transformé en "bon" roi "saint" Louis ) et qui est à l'origine de la destruction de la civilisation occitane : de 20 000 personnes massacrés à Béziers en 1209 aux 20 000 soldats tués à Muret, de nombreux bûchers (Minerve, Lavaur, Montségur, Toulouse...) jusqu'à la création de la terrible Inquisition à Toulouse, voilà autant de devoirs de mémoire pour toutes les communes touchées et pour l'ensemble de l'Occitanie qui porte toujours le deuil de ces carnages. 

C'est en signe de deuil que les jupes des danseuses des troupes folkloriques dont celles de Luchon sont garnies de deux bandes noires. C'est une façon d'honorer la mémoire du million d'Occitans qui a péri pendant la croisade contre les Cathares.

On comprend mieux la réaction massive des Occitans, il y a quelques années, face à à un promoteur d'Auterive (Haute-Garonne) qui avait "candidement" pris la décision d'appeler une résidence "Le Montfort".
Montfort, Saint-Louis, des noms qu'il vaut mieux éviter d'honorer en Occitanie.

Cette ignorance aurait pu être évitée si les livres d'Histoire n'avaient pas été écrits par des Jacobins.

Ce détournement de l'histoire prouve, s'il en était besoin, les nombreuses désinformations toujours orchestrées pour tromper les peuples.
 
Que s'est il donc passé à Mureth le 1°septembre 1213 ?
 
Aux portes de Toulouse, dans la plaine, Pierre II d'Aragon, à la tête des troupes occitanes et aragonaises (deux mille chevaliers et cinquante mille fantassins) affronta Simon de Montfort et ses croisés (neuf cents chevaliers).
 
La victoire aurait dû revenir aux Occitans nettement supérieurs en nombre. Hélas ! Le plan de Raymond VI qui connaissait bien son adversaire est tourné en dérision par les familiers du roi d'Aragon qui voulaient une "belle" bataille. 

Beau-frère de Raimond VI de Toulouse et seigneur éminent de Carcassonne, Pierre II d'Aragon a reçu, depuis janvier 1213 le serment de fidélité de la plupart des Occitans : comte de Toulouse, comte de Foix, comte de Comminges, vicomte de Béarn… La ville de Toulouse lui fait également allégeance. Ce sont les guerriers de cette vaste coalition qui se retrouvent sur la plaine de Muret.

En face, les hommes de Simon de Montfort sont sûrs de leur droit. Jouissant du statut du croisé, ils profitent des mêmes bienfaits spirituels et des mêmes privilèges juridiques que ceux qui combattent en Terre Sainte.

"Chevaliers et serviteurs du Christ", ils défendent l’orthodoxie face au catharisme qu’ils disent corrompre la religion, semant partout la discorde. Outre leur moral d’acier, conforté par la promesse du paradis en cas de mort, (ça ne vous fait penser à rien ?)  ils présentent une organisation et une cohésion qui font terriblement défaut chez leurs adversaires.

Pierre II ne parvient pas, en effet, à imposer un ordre de bataille aux siens, et il doit laisser le comte de Toulouse, rétif à l’engagement, à l’arrière-garde.

Fier et chevaleresque, il s’expose trop dans la mêlée. Ses ennemis l’abattent. La panique se répand parmi les siens. Le tout finit par la débandade de ses chevaliers, pourtant supérieurs en nombre aux croisés, et le massacre des fantassins de la milice de Toulouse.

Avec la défaite des troupes occitano-aragonaises, après la mort de Pierre d'Aragon, dés le début du combat, s'évanouit le rêve de la "Grande Occitanie" dont la chaîne pyrénéenne aurait été la colonne vertébrale au lieu de devenir une frontière.

Le "protectorat" de Pierre II réunissant son royaume proprement dit à ses possessions provençales "de l'Ebre au Béarn et aux Alpes, se déployant en un vaste croissant le long des rivages de la Méditerranée, un grand Etat occitano-catalan était né." (Michel Roquebert "L'épopée cathare")

Cette  débandade dans les rangs alliés qui compteront des milliers de tués, a fait dire à l’auteur anonyme de la seconde partie de la "Canson" :
 
"Grands furent le désastre, le deuil et la perte
Quand le roi d’Aragon resta mort et sanglant
Et bien d’autres barons; et ce fut grande honte
Pour toute la Chrétienté, pour tout le genre humain…"

Voici comment au lieu d'être au nord de la péninsule ibérique, notre région fut reléguée et asservie au sud…de Paris. La bataille de Muret prépara en effet de façon décisive la France telle que nous la connaissons aujourd’hui.
 
Le 12 septembre devint jour de deuil pour les Occitans pourtant la plupart d'entre eux ignorent l'histoire de leur pays dont on les a tenus habilement non- informés.
La ville de Mureth n'occupa jamais, en effet, la place qu'elle aurait dû avoir dans les livres d'Histoire de France.

La preuve avec les premiers mots de ce témoignage que me confiait il y a quelques année, Nadal Rey, décédé en novembre 2016 à quelques semaines de son 106° anniversaire (lire ici).

"Que savais-je de Muret quand on me dit d'enseigner l'histoire ?
Rien ! Comme tous les Français, voire tous les Occitans.
Une petite ville près de Toulouse... Et puis ?... Il s'est passé quelque chose là ? Oh ! Pas grand chose : une terre conquise... un peuple dominé...seulement ce peuple c'était le nôtre !
Et comment cela est – il arrivé ? Bêtement ! Comme toujours.
Deux armées qui se regardent.Celle de Simon de Montfort qui attaque tandis que Raymond, le comte de Toulouse et pierre d'Aragon ne sont pas parvenus à un accord tactique.
Résultat : Pierre est tué, les troupes de Toulouse en fuite et Montfort maître du Languedoc. 
Même âgé,cette histoire me tracasse …
Si l'histoire peut être utile,peut-on en tirer leçon pour la vie actuelle ? 
La discussion ne peut durer indéfiniment ; que chacun donne son point de vue mais tienne compte des arguments d'autrui et quand l'accord est atteint – et signé – qu'on ne fasse pas la gueule et qu'on pousse ensemble à la roue pour faire avancer la charrette . 
Seul,l 'homme ou le groupe n'est que fil d'araignée,mêlé à d'autres,il se fait fil d ' airain.
Ainsi , plus de 800 ans après , sur les cendres des grands , le laurier refleurira …" 
(texte original écrit en occitan signé  Lo / Eth Nadal)

Nadal Rey était "bidialectal" occitan né d'une mère gasconne (en Pays de Savès) et d'un père languedocien, de la plaine de la Garonne.
 
Autre anecdote qui tend à prouver l'occultation historique via l'ignorance :

La plaque de la rue Pierre Aragon dans le quartier des Minimes à Toulouse indique que Pierre d'Aragon, allié de Raymond VII, fut tué, en 1213, lors de la Bataille de Muret.

Mais cette précision ne date que de 1937. Auparavant, cette voie publique, depuis sa création vers 1874, s'appelait simplement rue Aragon…

Et dans l'ignorance de la date de son appellation, il est bien évident que la plupart des passants parmi les rares qui s'intéressent aux noms de rues ,pouvaient penser au poète Louis Aragon.  

Chronique Occitane. 12 septembre 1213 : cette "Bataille de Mureth" qui aurait pu changé le destin de l'Occitanie

Nadyne Vern-Frouillou
Nadyne Vern-Frouillou


1.Posté par japy le 12/09/2017 10:08
Article très instructif,félicitations.

2.Posté par SERRE le 12/09/2017 12:23
Bonjour,
L'Histoire est une science qui demande une solide formation, beaucoup de temps et des précautions tant dans l'étude de la chronologie que dans l'étude du contexte de l'époque. Désolé Nadyne, mais votre article qui a le mérite de rappeler un bout de notre histoire, demande un approfondissement historique afin d'éviter encore une fois une mauvaise lecture de notre passé, lecture du passé qui demande que sans cesse on retourne à l'ouvrage, et donc une mauvaise vision de notre présent et de nos fausses possibilités d'avenir. Tout cela me rappelle mes cours d'Histoire Médiévale et d'Histoire Moderne (XVe- XVIIIe) à l'Université de Poitiers.
Certes la bataille de Muret a "empêché" à Pierre II d'Aragon d'assouvir sa soif de pouvoir face au Roi de France et à ses vassaux, a empêché certes la possible formation d'une Occitanie de part et d'autre des Pyrénées, Occitanie qui, même formée en 1213, n'aurait peut-être pas traversée les âges jusqu'à nous,
.MAIS le roi de l'époque n'était pas Louis IX, né en 1214 à Poissy, c'était Philippe Auguste qui lui s'est servi de la lutte contre l'hérésie albigeoise, hérésie qui n'était pas que Cathare d'ailleurs mais aussi une hérésie d'opposition politique (et hérésie cathare qui n'était non plus un idéal d'organisation humaine comme en témoigne le livre Montaillou village occitan d'Emmanuel Le Roy Ladurie - même si cet ouvrage parle de la vie dans ce village à la fin du XIIIe) pour asseoir son pouvoir et agrandir son royaume. Epoque où, une fois encore, chacun cherchait par tous les moyens, à augmenter son pouvoir : roi de France, comte de Toulouse, comte de Foix, les Anglais,.... tous.
Il est en outre compréhensible que le nom de Simon de Montfort ne soit pas très populaire en pays Occitan, certes il a fait preuve de cruautés mais sa "brutalité" qui nous parait inacceptable à notre époque répondait à la même brutalité de certains comtes ralliés à Pierre II. Ce n'était non plus un combat Nord-Sud, un combat d'identités, mais un combat entre hommes de pouvoir qui s'appuyaient sur des territoires : "Autre époque, autres mœurs" : ce qui m'inquiète c'est que ces mœurs semblent revenir à la mode, derrière une façade démocratique, de nouveaux petits chefs jouent les comtes.
Et résistons aussi à la tentation de lire cette période de notre histoire avec nos yeux, nos repères de notre époque.

Donc j'espère que Louis iX peut être honoré en Occitanie

Maintenant 1213 marque un rendez-vous manqué, Pierre II n'a pas réussi à créer un royaume. Un royaume ne dit pas une Nation. Et tant de royaumes ont disparu, absorbés ou démantelés. C'est ainsi.

3.Posté par Nadyne Vern-Frouillou le 12/09/2017 18:11
Bonjour Monsieur Serre,
Je n'ai jamais écrit que Louis IX était né quand s'est déroulée la bataille de Mureth. Merci de relire ma phrase, les virgules ont de l'importance !
Je songeais justement au fait qu'il devint roi alors qu'il était encore " gamin" ( en 1226, il avait 12 ans ) et j'ai failli évoquer la régence assurée par sa mère, Blanche de Castille, ce qui aurait abondé dans votre sens en amoindrissant sa responsabilité.
Cela dit je vous suggère la lecture de trois ouvrages
- Histoire de France L'imposture Mensonges et manipulations de l'histoire officielle Georges Labouysse Edition IEO 
- Nos ancêtres les Gaulois et autres fadaises L'histoire de France sans les clichés François Reynaert Le livre de poche
- Louis IX alias Saint - Louis et l'Occitanie Daniel Bordeix René Pautal Jacques Serbat edition Les monédieres
En tout cas, je suis ravie de votre intervention car elle témoigne de la diversité culturelle des lecteurs de Luchon mag et démontre, si besoin était, que la culture occitane ne laisse pas indifférent.

4.Posté par Grissh le 14/09/2017 23:03
Je ne suis pas aussi érudit que vous mais je me suis intéressé à l'histoire, la vraie, pas celle que l'on met dans les livres scolaires qui ne sont qu'un ramassis de mensonges, mais celle que l'on cache et qui fâche lorsque l'on s'y attarde un peu. Ce qui me choque le plus, c'est de faire une statue de Simon de Montfort qui est à l'origine de l'extinction des Cathares et qui à lui tout seul et de son armée à tué et envoyé au bûcher des milliers de gens, hommes, femmes, enfants. C'est un peu comme si dans 600 ans à Berlin on poserai fièrement une statue d' Hitler. Simon de Montfort était un monstre et on le glorifie par une statue des siècles après sans que la majorité des gens ne sachent rien de cette raclure. Je décernerai plutôt une statue à ces inconnus qui ont manié la catapulte et qui ont écrabouillé et envoyé ad patres ce sinistre personnage.

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