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Entretien avec Corinne Marquerie, candidate PCF : "Il faut penser autrement la vie des territoires ruraux et montagnards"

Candidate du PCF, Corinne Marquerie répond aux questions de la rédaction de "Luchon Mag".



Vendredi 9 Juin 2017


Corinne Marquerie (Photo © Tian)
Corinne Marquerie (Photo © Tian)
Est-ce votre première campagne électorale pour des législatives en Comminges/Savès ? Comment s'est-elle déroulée sur le terrain avec votre suppléant Philippe Ségura ?

La campagne de 2017 n'est pas la première pour moi. J'ai été candidate pour le Parti Communiste plusieurs fois aux départementales et aux législatives depuis 1998. Dès l'automne dernier les camarades du Comminges et du Savès ont finalisé notre candidature : Corinne Marquerie et Philippe Segura. C'est deux fois un honneur pour moi : d'abord celui de porter la parole, les espérances et l'histoire de tous les militants de la circonscription, qui sont des gens de cœur et de combat, ensuite de bénéficier de l'appui de Philippe Segura qui est un homme droit, combattif et très attentif aux autres. 

Nous avons démarré notre campagne depuis le mois de décembre pour faire connaître notre projet d'une société fondée sur le partage des richesses, la justice sociale, la solidarité et la paix.

La première partie de la campagne s'est déroulée dans le cadre de la Présidentielle où nous avons soutenu Jean-Luc Mélenchon, porteur de ces idées.
Le plus important est de convaincre qu'un autre monde est possible à condition d'avoir la volonté politique de prendre l'argent où il est : pas dans les poches des travailleurs ni des retraités mais dans celles des actionnaires et des banques ( doublement de l'impôt sur la fortune, création d'un pôle public bancaire avec nationalisation de la BNP et de la Société Générale, taxation des revenus financiers, lois contre la fraude fiscale). 

Nous avons privilégié une campagne de proximité : les marchés, les sorties d'entreprises, le porte à porte, plutôt que des réunions publiques qui ne touchent guère que les militants déjà sensibilisés. 
 
Vous avez tenté à plusieurs reprises, pendant la campagne des présidentielles puis au cours de celle des législatives, de réunir les forces de gauche (France Insoumise, PS, EELV) pour une candidature unique dans la 8ème circonscription. Sans succès. Cette division à gauche risque de vous écarter (les uns et les autres) du second tour. Selon vous quelles sont les raisons d'une division qui peut être suicidaire ?

La stratégie des communistes français a toujours été, et reste celle du rassemblement sur une plate forme programmatique à chaque fois que cela fait gagner  la population à mieux vivre.

S'il y a accord sur le fond, alors on accepte tout partenaire sans faire d'exclusive.

C'eût été une vraie victoire qu'une candidature commune Mélenchon/ Hamon et qui ne nous aurait pas mis dans l'ornière du vote Macron contre Le Pen. Nous aurions pu engager une dynamique de gauche pour renégocier les traités d'austérité, diminuer le temps de travail, mettre en œuvre des mesures de transition écologique, abolir la loi Travail... 

Malheureusement nos camarades de la France Insoumise ne sont pas dans une posture de compromis. Ils continuent de prêcher un très beau programme dans l'absolu, sans voir que le risque est de n'en pas appliquer la première ligne si on ne se met pas à discuter avec d'autres courants de la gauche.

Pour les législatives, même problème. Cela valait au moins le coup de se réunir autour de la même table. 
Les orientations très "macron compatibles" de Joël Aviragnet ne nous permettaient pas d'envisager une dynamique commune. Mais nous respectons son engagement républicain.
 
En revanche, nous avions toutes les raisons d'une candidature unique avec le parti de la France Insoumise, notre accord sur le programme est global. Nous n'avons pas su convaincre nos camarades que nous pouvions travailler ensemble en restant chacun ce que nous sommes. Nous ne voulons l'hégémonie de personne mais l'union et le respect de tous.
Evidemment nous augmentons ainsi le risque  de laisser la droite ou l'extrême droite emporter l'élection. 

Mais nous saurons très vite nous retrouver dans les luttes contre la loi travail, contre la CSG, contre les réformes réactionnaires sur les retraites.  Et, dans mon optimisme sans faille, je ne peux imaginer que nos députés PCF, FI, EELV  ne siègeront pas dans un même groupe pour l'intérêt des plus défavorisés d'entre nous. 
 
Quelles sont vos propositions pour sortir le territoire du Comminges/Savès d'une situation économique particulièrement difficile face à une Métropole toulousaine de plus en plus envahissante ?

D'abord, il paraît suicidaire pour notre société et pour notre planète d'imaginer que la tendance effrénée à s'entasser dans des villes inhumaines va continuer au mépris de l'environnement, de l'épanouissement des femmes et des hommes, et de la santé publique.
 
Pour inverser cette tendance, il faut d'abord stopper net la création des grandes métropoles et leur mise en concurrence selon le schéma des dernières lois territoriales dont la Loi NOTRe.

Ensuite,  il faut penser autrement la vie des territoires ruraux et montagnards dont le nôtre :
 
  • moderniser et développer des services publics qui doivent mailler les territoires. Tous les candidats disent qu'ils sont d'accord mais certains soutiennent les projets de diminution du nombre des fonctionnaires ou de défense des traités d'austérité, ce qui est contradictoire,
  • soutenir une agriculture raisonnée, de proximité, de polyculture, de circuits courts. Tous les candidats assurent main sur le cœur que c'est ce qu'ils vont faire. 
 
Mais pour cela il faut absolument garantir des revenus agricoles en s'opposant aux circuits de la grande distribution et en renégociant les conditions de subventionnement européens. 

Alors là, il y a moins de monde !

Les candidats de droite, macronistes compris sont favorable à la concurrence libre et non faussée qui broie les petits agriculteurs et pousse à la concentration des exploitations. Les socialistes ont prouvé, Le Foll compris qu'ils n'avaient pas le courage de ces affrontements.
 
Enfin deux autres points me paraissent nécessaires à la vitalité de la ruralité et conditionnent leur développement : 
 
  • une vraie démocratie de proximité qui passe par le maintien des communes, des départements,
  • une vraie politique culturelle : 1% du PIB à la culture et 1% des chantiers publics pour financer des projets culturels. Avec ces moyens là, on peut soutenir la création et développer des pratiques culturelles locales et originales. 
 
De plus en plus, les services publics sont en "déshérence" sur le territoire, notamment en zones rurale et montagne. Est-il possible d'imaginer une politique différente qui pourrait l' inverser ?
 
Le développement des services publics structure tout notre projet de société pour la solidarité, l'égalité, la justice. Et pour la vie de la ruralité comme c'est dit précédemment. 

Pour financer l'école, les hôpitaux, les transports, l'énergie, les tribunaux mais aussi un service public de la petite enfance, du médicament, il faut réorienter les financements publics vers les services publics plutôt que vers les grands groupes qui ont encaissé des milliards avec le CICE.

Il faut récupérer l'argent de la fraude fiscale et taxer les revenus financiers. Cela demande une vraie volonté politique. C'est possible : les Portugais semblent s'engager sur cette voie. 
 
 
Au cours de ces semaines de campagne, comment les citoyens que vous avez rencontré ont accueilli votre campagne, vos projets ?

Je dois d'abord remercier les militants qui ont participé à la campagneils ont beaucoup donné d'eux-mêmesUne fois de plus j'ai été réchauffée par la générosité et le courage des militants de terrain.
Globalement nous avons enregistré des réactions de découragement ou de colère devant la situation politique, les "affaires", les désaccords à gauche. Les candidats doivent répondre de tout et sont quelquefois soupçonnés d'intérêts personnels.

Mais nous avons aussi entendu des encouragements car nous sommes perçus comme fidèles à nos engagements, honnêtes et ouverts aux rassemblements.  L'action de nos députés du Front de Gauche pendant le dernier mandat a été identifiée comme utile (augmentation des petites retraites agricoles par exemple). Nous avons enregistré quelques adhésions au PCF. 

Quoi qu'il en soit, je pense qu'il restera quelque chose de ce travail dans la pensée collective. Gageons que nous avons contribué à redonner espoir et combattivité à quelques personnes que nous retrouverons dans les luttes sociales prochaines. 
 
Le PCF/Front de gauche a soutenu Jean-Luc Mélenchon pendant la présidentielle et vous ne pouvez pas vous prévaloir du soutien de la France Insoumise (sous peine de procès). Comment le vivez-vous?

Pour la présidentielle, nous avons décidé de ne pas présenter de candidat supplémentaire à gauche car nous partageons la majeure partie du programme de Jean-Luc Mélenchon, même si les conditions de sa candidature nous paraissaient rompre avec la dynamique rassembleuse de 2012 . 

Nos élus ont globalement apporté à Jean-Luc Mélenchon les signatures qui conditionnaient sa candidature,  notre presse a participé activement à sa campagne et nous, sur le terrain, nous avons travaillé pour ses idées. Nous ne le regrettons pas. 
Jean-Luc Mélenchon a mené une belle campagne pendant laquelle il a su encourager ce qu'il y a de meilleur en nous : la fraternité, l'espoir de partage et de paix, le respect de la nature.
 
Malheureusement le soir du premier tour, il s'est montré mauvais perdant et a renoncé à prendre ses responsabilités face au risque du FN. 

Maintenant, il se laisse aller aux réflexes de son  passé trotskiste et socialiste, il commet des fautes d'humeur et de mépris et compromet les chances de rassemblement en insultant les responsables et les militants communistes. 

Cela fera perdre des députés à la fois au PCF et à la France Insoumise.

Je pense que c'est une faute politique qui aura des conséquences sur les conditions de vie des travailleurs, des chômeurs, des retraités les plus pauvres. 

Très sincèrement, nous pensons que l'existence du Parti Communiste sera encore utile dans le champ politique français. Nous comptons peser dans les combats à venir. C'est pourquoi nous avons refusé de nous dissoudre dans le parti de la France Insoumise dont le fonctionnement autocratique ne nous satisfait pas.

Propos recueillis par Paul Tian
 

DROITS DE REPRODUCTION ET DE DIFFUSION RÉSERVÉS. COPYRIGHT LUCHON MAG




1.Posté par saltimbank le 10/06/2017 14:00
je croyais que c'était la suppléante de mr Aviragnet 😄
parce qu'aux presidentielles elle était toujours collé à Hamon )plus proche de lui toujours que du candidat qu'elle prétendait aujourd'hui soutenir) ... Et là elle est presque toujours à côté du candidat PS ...
Outre l'affichage libre ils se partagent même les essuies glaces des voitures ... l'un pour elle , l'autre pour lui ...
faut dire que le PS et le PC c'est une vieille histoire d'amour ... Chabadabada chabadabada ... laisse moi un fauteuil ... Chabadabada Chabadabada ...

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