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Hommage à Bernard Sarrieu

Un hommage à l'occasion de la date commémorative de son décès, le 5 janvier 1935.



Jeudi 5 Janvier 2017
Nadyne Vern-Frouillou


Bernard Sarrieu (Espace de Ressources TG'OC, don Maurice Samson)
Bernard Sarrieu (Espace de Ressources TG'OC, don Maurice Samson)
"Luchon et Saint Mamet savent-ils bien ce qu'ils ont perdu avec l'âme de ce poète qui, dans ses œuvres dont beaucoup sont encore inédites, élève son esprit et le nôtre dans les régions les plus sublimes ?" (Jean-Louis de la Verdonie)

Pierre, Joseph, Bernard Sarrieu est une personnalité incontournable en Comminges mais très controversée (par les linguistes) au-delà. Né à Montauban (Tarn-et-Garonne), le 29 juin 1875, où il fut bercé par le languedocien, il était le fils de Pierre, Joseph Sarrieu, professeur de sciences puis directeur de l'école normale de Montauban et de Anne Escard, vieille famille pyrénéenne de Saint-Mamet, où il découvrit le gascon, ce qui prédestina à la diversité linguistique le petit garçon très doué dont on dit qu'il connaissait les lettres avant de savoir parler. (On les lui nommait et il les montrait.)

Avant d'être professeur à l'Institut catholique de Toulouse et doyen de la faculté théologique à Toulouse, Bernard Sarrieu, très brillant élève, (bac à 14 ans)  débuta comme professeur de philosophie à 21 ans puis titulaire de l'agrégation (à "seulement" 32 ans en raison de gros soucis de santé), il demande (en 1912) sa mutation à Montauban où il put faire de précieuses comparaisons langagières avec les matériaux lexicologiques de ses collectages dans le Luchonnais.

Félibrige majoral qui reçut sa cigale le 1er novembre 1910, il s'intéressa à la langue gasconne du Haut-Comminges sur lequel il publia de nombreux travaux scientifiques avant de s'adonner à la littérature.

Dans le compte-rendu d'un débat ayant eu lieu en 1911 sur "les félibres, leur langue et l'école", on peut lire que "Sarrieu,  est le seul à dépasser le cadre local ou provincial pour évoquer l’idée d’une approche inter-régionale de l’histoire. Il est le seul aussi à assigner à l’histoire régionale une visée plus ambitieuse que celle admise par les autres (permettre à l’enfant de mieux aimer sa terre natale, etc...). Pour Sarrieu, la leçon de l’histoire des provinces, c’est qu’elles ont longtemps lutté pour leurs libertés et leurs coutumes - où l’on discerne à la fois l’ombre de la vision Maurrassienne et l’idée de la permanence d’un esprit d’oc contestataire, sinon rebelle."

Bernard Sarrieu, a produit une multitude d'écrits dans des domaines aussi différents que la poésie, des odes religieuses, la philosophie, la toponymie. Auteur de biographies, d'un dictionnaire gascon, d'une grammaire, de théâtre dont une tragédie imitée des tragédies helléniques , Pirèno et de plusieurs comédies et même des paroles et musiques de 222 chansons montagnardes, Bernard Sarrieu s'est surtout fait remarquer par ses travaux de linguistique très controversés et son patient travail de collectage auprès des populations locales et sa grande épopée de 32.213 vers "Era Pireneido" (dactilographié en 1912).

C'est à lui aussi que l'on doit "l'invention" des groupes folkloriques.

En 1904, il fonda l'Escolo deras Pirenéos sur le modèle de l'Escolo Moundino (Toulouse) et de l'Escolo Gastou Febus (Béarn), dans la lignée du félibrige mistralien. L'escolo deras Pirenéos organisait chaque année des manifestations culturelles où étaient valorisées les traditions commingeoises (chants, danses, costumes) et la composition d'œuvres poétiques dans le goût mistralien.

Tout au long du XXe siècle, Bernard Sarrieu puis Raymond Lizop et enfin Jules et Yvonne Ponsolle n'auront eu de cesse de faire vivre cette école félibréenne dans les Pyrénées centrales, de Muret au Val d'Aran, jusqu'à sa dissolution en 1999.

L'"Escolo deras Pireneos" qui couvrait le Comminges , le Val d'Aran , les quatre vallées (Aure, Neste, Barousse, Magnoac), le Nébouzan et le Couserans, était à la fois une société d'études philologiques et une école de diffusion et de sauvegarde de la langue gasconne.

La revue, "Era bouts dera moutanho" (La voix de la montagne) publiée dès 1905, fait partager des articles d'études gasconnes, des textes littéraires et des comptes rendus des activités de l'association.

En 1906 est lancée la première félibrée à Luchon où la dernière a eu lieu en 2004 et où un projet est à l'étude pour 2016 sous l'impulsion de "Nati, vati, totis Comengeses", une association culturelle occitane dont un des objectifs est de valoriser tous les écrivains du pays commingeois qui ont écrit dans cette belle langue gasconne.

A noter que l'"Escolo deras Pireneos" était férocement anti-occitane et ne participa donc pas à la "renaissance de l'Occitanie", on peut même dire qu'elle la combattit.

Je peux témoigner avoir eu, avec un défenseur des thèses linguistiques de Sarrieu, un entretien que j'ai maintenu courtois car, respectant le grand âge et l'état de santé de mon interlocuteur, j'ai veillé à ne pas prononcer les mots Occitanie ou occitan !
 
La composition du fonds de l'Escolo est particulière, marquée par la confusion entre archives privées de ses principaux auteurs ou animateurs et papiers directement liés à l'activité de l'association.

Les archives de Bernard Sarrieu, ses notes et manuscrits témoignant de son œuvre littéraire, scientifique et éditoriale, ses cours, sa correspondance personnelle à laquelle se mêle celle relative à l'Escolo, ses cartes postales constituent la partie centrale du fonds. S'y sont adjoints des archives de Raymond Lizop liées à son activité littéraire, les manuscrits isolés de divers auteurs, et enfin les archives issues de l'activité de l'Escolo provenant des Ponsolle eux-mêmes. Jules et Yvonne Ponsolle (auteurs d'un opuscule consacré à Bernard Sarrieu) donnèrent l'ensemble aux Archives départementales de la Haute-Garonne en 1993.

Composé de 485 pièces, ce fond est conservé et consultable à l'antenne du Comminges à Saint-Gaudens . 

L'héritage intellectuel de Bernard Sarrieu, qu'une mort prématurée l'a obligé à laisser en friche, n'est pas près de s'étioler : plusieurs associations et particuliers se passionnent,  briguant parfois une légitimité exclusive, pour sauver de l'oubli l'oeuvre de cette "âme d'élite".

Que penserait Bernard Sarrieu, défini comme "un homme d'union par excellence", admiré pour son "grand souci de justice et d'impartialité" qui "apportait toujours une solution pacifique et sereine dans les cas les plus épineux ?"

Tombeau Bernard Sarrieu au cimetière de Saint-Mamet (Photo NVF)
Tombeau Bernard Sarrieu au cimetière de Saint-Mamet (Photo NVF)

Stèle au pied de l'église de Saint-Mamet (restauration prévue partenariat mairie/ association Nati, vati,toti Comengesi)
Stèle au pied de l'église de Saint-Mamet (restauration prévue partenariat mairie/ association Nati, vati,toti Comengesi)


Almanach (1932) de l' "Escolo des Pyrenéos" (TG'OC, don M.S)
Almanach (1932) de l' "Escolo des Pyrenéos" (TG'OC, don M.S)

Nadyne Vern-Frouillou


1.Posté par "Les Amis de Jean-Marie Mengue" le 05/01/2017 18:47
"Les Amis de Jean-Marie Mengue" sont heureux d'apprendre, à la lecture de votre Article, chère Nadyne VERN-FROUILLOU, que le Médaillon qu'a sculpté Jean-Marie Mengue de son Ami, Bernat Sarrieu pur lui rendre Hommage et, au-delà, la Stèle dans son ensemble, seraient restaurés dans un partenariat "Mairie/Associations" tel que vous l'écrivez.

Nous y sommes, particulièrement, sensibles.

Très Bonne Année à toutes & tous, de notre beau pays de LUCHON,

Mathieu BRETILLARD-MENGUE, M.
p/ "Les Amis de Jean-Marie Mengue".

2.Posté par Nadyne Vern-Frouillou le 05/01/2017 19:11
Désolée par contre, Monsieur , de n'avoir pas rappelé que le médaillon avait été sculpté ^par votre aïeul . a ma décharge, je dois dire que j'avais demandé à la présidente de NVTC de rédiger un article et que j'ai dû pallier à sa défaillance à la dernière minute.

3.Posté par Nadyne Vern-Frouillou le 05/01/2017 19:21
Désolée, Monsieur Brétillard-Mengue , d'avoir omis de préciser que votre aïeul était l'auteur du médaillon mais à ma décharge je dois dire que j'avais demandé à une spécialiste de rédiger cet hommage et que j'ai dû palier à sa défaillance à la dernière minute. Cependant, je vous invite à lire le reportage que j'avais réalisé pour le jour des défunts de 2015 où en plus de la présentation des tombes insolites du cimetière de Luchon, j'avais fait un saut à St Mamet . et outre la tombe de Bernard Sarrieu , j'avais publié aussi la photo de la stèle sans oublier de mentionner , dans la légende, que le médaillon était l'œuvre de Jean-Marie Mengue . http://www.luchonmag.com/2-novembre-jour-des-defunts-visite-insolite-du-cimetiere-de-Luchon_a2267.html

4.Posté par "Les Amis de Jean-Marie Mengue" le 22/01/2017 13:01
Merci, chère "Nadyne",

Nous avions lu, effectivement, votre Reportage de 2015, toujours instructif et, notamment pour les plus jeunes vers qui il nous faut nous tourner, régulièrement pour leur transmettre cette Histoire qu'ils ne connaissent pas.

"Au plaisir" pendant la période du "Festival",

avec nos cordiales Salutations luchonnaises,

Mathieu BRETILLARD-MENGUE, M.
p/ "Les Amis de Jean-Marie Mengue".

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