luchonmag
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Partager

Interview de Joël Aviragnet, député PS du Comminges : "Faire du porte-à-porte, ça instruit !"

Joël Aviragnet, ex-suppléant de Carole Delga, est devenu, dimanche, au soir du second tour de l'élection législative, le nouveau député PS de la 8ème circonscription de la Haute-Garonne, celle du Comminges-Savès. A l'issue du 1er tour, il avait été très largement dépassé par le candidat de "La République En Marche", Michel Montsarrat. N'ayant pas obtenu les 12,5% de suffrages exprimés, il avait même été "repêché"... Alors qu'il avait un retard de 6.788 voix sur son adversaire, il a reporté l'élection avec... 91 voix d'avance. Avec son élection, il évite à "La République En Marche" d'effectuer le grand chelem en Haute-Garonne. Un PS qui, en cette "terre socialiste", a perdu dimanche soir, 8 députés sur les 9 élus en 2012. Le nouveau député Joël Aviragnet répond aux questions de "Luchon Mag".



Mardi 20 Juin 2017


Joël Aviragnet sur le marché de Luchon entre les deux tours des législatives (Photo © Paul Tian)
Joël Aviragnet sur le marché de Luchon entre les deux tours des législatives (Photo © Paul Tian)
Ça y est , le montagnard est parvenu au sommet et les électeurs du demi-de mêlée on fait une passe-arrière fatale ( cf la réponse de Joël Aviragnet dans notre entretien entre les deux tours), comment expliquez-vous cette spectaculaire remontée ?

Certains abstentionnistes sont venus, nous avons rassemblé à gauche. Nous avons surtout fait beaucoup de porte-à-porte, donné beaucoup d'explications sur la perte du département, il y a eu une prise de conscience des gens sur le "social". Ils ont bien compris ce que cela signifiait et chacun nous disait "Ah ! Oui, moi j'ai l'APA ( Aide aux personnes âgées ), moi mon gamin prend le bus scolaire, et oui ! Moi , je vais au travail chaque jour sur une route en bon état..."
Il y a eu un grosse mobilisation des militants socialstes, les derniers jours, ils sont même venus de Toulouse.

Etes-vous fier d'avoir éviter le grand chelem à La République En Marche ?

Oui ! Très fier car je défends une politique vers les services publics. S'il n'y avait eu que des élus soutenant Emmanuel Macron, cet aspect n'aurait pas du tout été abordé. Tout ça serait passé à la trappe, discrètement mais efficacement. Ça se serait fait sans qu'on s'en rende compte.

La différence de score est faible entre vous et le vaincu. Ça aurait pu être l'inverse. Avez-vous envie de dire quelques mots à votre malheureux adversaire ?

Oui ! Bien sûr, lui accorder déjà un amical salut. Je trouve qu'il a fait une campagne courte ,il allait sur les marchés. Il a eu trop peu de temps pour faire une bonne campagne. De plus, il partait sans aucune assise locale ,à part le rugby. Il n'a pas eu le temps de prendre connaissance des dossiers. De ce fait, il ne pouvait pas personnaliser son programme puisqu'il ne connaissait pas les problématiques locales. Je l'avais rencontré, à sa demande, pour le Festival en 2015 et depuis, chaque fois que j'allais à Luchon, j'allais prendre un verre chez lui .J'avais de bonnes relations de commerçant à client. Son bar à vin est très sympa.

Comment expliquez-vous ce si faible écart ?

Mon adversaire n'avait aucune réserve. Au premier tour il a bénéficié de l'effet Macron, d'une incompréhension qui a tout dévasté. Il a été porté par ce courant national. Mais au second tour, il manquait la réserve. Avec son mouvement, Macron a divisé la droite, donc même si Jean-Luc Rivière a appelé à voter pour lui, les électeurs en voulaient à Macron pour cette division de la droite et n'ont pas "marché" dans la combine. En plus les électeurs ont eu peur de ce grand mouvement de parti unique, réalisant que sans aucune opposition, c'était dramatique.Du coup ils ont pondéré leur vote.

Et le vote des Luchonnais ?

C'est normal, ils ont voté pour "le local". A Encausse-les-Thermes, ma commune, c'est l'inverse, j'ai fait 72% et lui 29%.

Ne pensez-vous pas qu'il y a eu en plus, un  ras-le-bol local ?

Je ne connais pas la situation de Luchon.

Cette réponse est un joker ?

Non ! Mais en politique, il faut faire ce qu'on dit. Quand on entretient le conflit, ce n'est pas bon. Les gens n'aiment pas les projets qui divisent.

La politique c'est du collectif. Quand on est socialiste, on n'est pas sur l'individuel. Le socialiste ne prône pas l'individualisme. On ne croit pas que le libéralisme peut être le seul régulateur des relations humaines. On pense plus à la justice sociale, à l'égalité des territoires, à la solidarité. Quand  on travaille, on doit faire du collectif. On devient peu crédible auprès de la population si on est dans du conflit.
Le conflit casse le collectif.

Les réactions locales anti "socialos" se manifestent, parfois avec une virulence mal contenue, sur les réseaux sociaux (et dans les commentaires de Luchon Mag). Pensez-vous que l'attitude de certains édiles locaux ait contribué à ce raz-le bol ?

Ce qui a contribué au raz-le-bol, c'est que le gouvernement, au lieu de s'occuper des sujets importants qui concernent les administrés, ne s'est complu que dans les conflits.

Ce qui, à l'inverse, a bien fonctionné entre Carole et moi, c'est que nous avons toujours travaillé en harmonie et en duo. Les gens aiment qu'on s'aime.

A l'inverse, il est amusant de lire les commentaires de ceux qui se rangeaient, au gré du vent (sondagier) ou des rumeurs, puis du résultat, derrière l'un ou l'autre candidat. Y a-t-il autant d'opportunistes chez certains électeurs que chez certains élus ?

L'opportunisme est un sentiment humain. Il suffit de regarder le mouvement "En Marche" qui a attiré  tous ceux qui voulaient garder leur poste ! Quand on a des valeurs, on s'y tient, sinon on n'est plus crédible. Nous avons, au Parti Socialiste, des idées similaires avec Emmanuel Macron mais elles diffèrent dans leur application et dans les conséquences qu'elles auront auprès de nos concitoyens.

Vous serez donc un député d'opposition... systématique ou parfois conciliant ?

L'opposition se mène de manière collective en déposant des amendements et selon l'ordre du jour, nous aurons des interventions plus incisives.

Il faut qu'on soit en force de proposition mais toujours dans l'esprit de nos valeurs.

Quelles seront vos priorités de député du Comminges et Savès ?

Tout dépend des projets déposés par le gouvernement qui fixe l'ordre du jour. Concernant la loi travail et les votes par ordonnance, je voterai contre.
Je vais demander très rapidement un rendez-vous au ministère compétent pour l'EHPAD de Barbazan.

Serez-vous un député solidaire ? Je pense au projet de ruralité que veut porter la députée socialiste du Tarn-et-Garonne Valérie Rabault et qui souhaite rassembler les élus ruraux, moins nombreux et donc potentiellement moins écoutés que les élus des villes.

Je soutiendrai bien évidemment le mouvement en faveur de la ruralité. Il est vital de développer de manière coordonnée nos territoires ruraux (comme cela existe pour les territoires de montagne), écoles, santé, haut débit, etc... sur tous ces sujets, je serai présent. 

De façon pratique, comment allez-vous vous organiser pour être au plus proche des habitants de cette si vaste circonscription ?

Avec Internet, il est facile de communiquer. Je communiquerai régulièrement mon planning. J'organiserai aussi des permanences (une demi-journée par mois ,sans rendez-vous) dans tous les chefs-lieu des anciens cantons : Luchon, Boulogne sur Gesse, Lisle en Dodon, Rieumes, Cazères, Saint-Béat. Les autres sont proches de Saint-Gaudens (je pense à Aspet à une dizaine de kilomètres), il y a des bus, les gens peuvent venir.

Député en Comminges et Savès, député  à Paris, comment allez-vous répartir votre semaine ?

Je laisse la mairie d'Encausse-les-Thermes. Le travail de député dans le rural, ça remplit la semaine complète. Je passerai trois jours et demi à Paris (en moyenne) et le reste sur la circonscription. Je participerai à toutes les manifestations locales car, je le répète, c'est l'occasion de rencontrer et de parler, et surtout d'écouter les gens.
 
A côté des rubans qu'on coupe, il y a des êtres humains.

Il faut aussi aller davantage dans les quartiers populaires entendre ceux qui y vivent. Ces personnes se sentent abandonnés, sont désespérées, elles ont besoin qu'on les entende, qu'on les écoute. A cause de notre silence, de notre inattention, elles se font récupérer par le Front national. Faire du porte-à-porte, ça instruit.
Si le PS a quelque chose à faire pour se reconstruire, c'est ce vrai travail de terrain, il faut partir de la base et pas d'en haut.

Votre carte blanche de conclusion

Je veux remercier tous les Commingeois et tous les Savèsiens, sans distinction, parce que je serai le député d'un territoire et de ses habitants, dans sa globalité.

Propos recueillis par Nadyne Vern-Frouillou
 
 
 
 
 

A lire sur "Luchon Mag"

  • Législatives : Joël Aviragnet élu député du Comminges (cliquez ici)



1.Posté par MDR le 20/06/2017 19:30
Ne pensez-vous pas qu'il y a eu en plus, un ras-le-bol local ?

Je ne connais pas la situation de Luchon.

Tout est dit! Il ne connait rien du tout du Comminges, tout simplement!


..."Faire du porte-à-porte, ça instruit !" ...
A son âge , il serait temps :-)

2.Posté par Nadyne Vern Frouillou le 20/06/2017 20:51
@ MDR , " je ne connais pas la situation de Luchon " , cest bien sûr une reponse obligatoirement dipnomatique, une reponse joker comme j ' ai ecrit . Il explique etre contre le conflit. Il n ' allait pas en créer un.
Si les Luchonnais qui ralent en permanence adoptaient cette attitude anti conflit, ne pensez vous pas que ce serait plus positif sue les agressivites permanentes et STERILES de certains " abonnés" à ce genre de réactions ?

3.Posté par MDR le 20/06/2017 22:21
@NVF
Sauf que dans leur campagne électorale, ils semblaient avoir tout fait et bien connaître le territoire ;-)
Au vu des résultats, c'est loin d'être le cas ...
La diplomatie on s'en f..., ce qui compte ce sont les résultats.
Pour les "Abonnés", il faut savoir aussi composer avec le folklore local ;-)
On s'amuse bien, c'est déjà pas mal!
Sans rancune :-)

4.Posté par Luchon31 le 21/06/2017 11:07
Entièrement d'accord avec mdr.....

Adishatz

5.Posté par Bultinblan le 21/06/2017 12:35
Gouverner avec des "Jokers", on a connu çà pendant 5 ans! !!!STOP!!!!
Un peu de sérieux serait maintenant bienvenue...
Dans l'hémicycle, il ne faudra pas qu'il réponde avec des "Jokers". Au risque de passer pour le bouffon de service! A lui de voir...

Nouveau commentaire :

Politique | Clin d'oeil | Solidarité | Arrêt sur image | Murmures sur les allées | Gastronomie | Education nationale | Commerce | Annonce | Ephéméride | Animaux | L'Evènement | Coup de pouce