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Jeudi à Juzet-de-Luchon, c'est séance Cinévallée

L'occasion de revoir (ou découvrir) "Danton" du réalisateur Andrzej Wajda au foyer de la commune.



Mardi 16 Mai 2017
Roger Cussol


Ce jeudi 18 mai, à 20h30, Cinévallée organise sa séance cinéma mensuelle au foyer de Juzet-de-Luchon avec la projection de "Danton", du réalisateur Andrzej Wajda (1983), avec la présentation initiale du film par Roger et en fin de soirée un échange convivial d'impressions et de commentaires.

D’une puissance d’évocation extraordinaire, ce grand film politique s’inscrit parmi les meilleurs de son auteur.

Argument 

Paris, an II de la Révolution. Menacée sur ses frontières par l'Europe coalisée et à l'intérieur par la réaction royaliste, la République est divisée. Depuis le 5 septembre 1793, le Comité de salut public, inspiré par Robespierre, a mis la Terreur à l'ordre du jour pour combattre les ennemis de la Révolution. Les têtes tombent, de plus en plus nombreuses. Alors que la disette s'installe, l'émeute gronde contre la "dictature". Alerté par les mauvaises nouvelles de Paris, Danton quitte sa retraite à la campagne et revient dans la capitale. Sa popularité est restée intacte. Partout où sa voix porte, à l'Assemblée, dans la rue, dans la presse, avec l'aide de ses amis fidèles – et notamment celle du journaliste Camille Desmoulins dans Le vieux cordelier –, il expose son programme pour la conciliation et l'arrêt de la Terreur. Cette pause, Robespierre et le Comité de salut public n'en veulent pas…

Présentation

Alors que la contestation du régime communiste polonais par le syndicat Solidarnosc (dirigé par Lech Walesa) est de plus en plus vive au début des années 1980, le pouvoir en place se radicalise sous le gouvernement du général Jaruzelski, qui déclare la loi martiale en janvier 1982. Walesa est arrêté et le syndicat est interdit en même temps que toute possibilité de grève. Andrzej Wajda, cinéaste engagé auprès de la lutte pour le libéralisation du régime, préfère alors saisir l’opportunité de travailler en France et décide d’adapter avec Jean-Claude Carrière la pièce de théâtre de Stanislawa Przybyszewska (L’affaire Danton, 1929) qui conte l’affrontement idéologique entre Danton et Robespierre durant les heures sombres de la Terreur en 1794. Le film se fait certes l’écho de cette lutte historique, mais il n’est guère difficile de voir à travers cette évocation une critique de la terrible situation polonaise. Ainsi, Danton est une représentation du destin de Walesa, tandis que la dérive de Robespierre vers le despotisme permet à l’auteur de faire le portrait de Jaruzelski. Cette dimension politique a d’ailleurs provoqué à l’époque de vives polémiques à la sortie du film.

Au-delà du simple biopic ou de la reconstitution historique appliquée, le Danton de Wajda est donc avant tout un remarquable film politique. Ne cherchant aucunement à le rendre pédagogique, Wajda se concentre sur une période très courte de la vie de Danton (les dernières semaines avant son exécution). Il n’entre guère dans une explication du contexte de l’époque et préfère éliminer le monde extérieur de son champ de vision pour mieux approfondir l’opposition politique naissante entre deux anciens compagnons de route. Tous deux Montagnards, Danton et Robespierre sont pour l’égalité entre les citoyens, mais le premier demande à respecter les libertés fondamentales là où le second est prêt à instituer une dictature pour parvenir à ses fins. Dès lors, le film se penche sur le concept de pouvoir selon Machiavel et sur les dérives qu’entraîne un trop grand idéalisme, notamment lorsqu’il doit se confronter aux réalités du terrain.

Abstrait jusque dans sa représentation très elliptique de la période révolutionnaire, Danton cherche à traquer la source du bien commun, ainsi que la naissance progressive du totalitarisme. Bien au-delà de la seule période évoquée, Wajda nous parle ici de démocratie et de dictature, quelle qu’elle soit. Pour cela, il s’appuie sur des acteurs habités par la fièvre révolutionnaire de leurs personnages : Gérard Depardieu apporte fougue et vitalité au personnage de Danton, tandis que Wojciech Pszoniak incarne toute la rigueur et la rigidité de Robespierre à merveille.

Sublimé par une superbe mise en scène (quelques beaux travellings latéraux font penser au cinéma de Wojciech Has), une superbe prise de vues réglée par Igor Luther et une musique glaçante de Jean Prodromidès qui s’inspire clairement des expérimentations sonores de György Ligeti, Danton (1982) est sans conteste un chef d’oeuvre, malheureusement mal aimé au moment de sa sortie. Wajda a toutefois obtenu le César du meilleur réalisateur en 1983 et le Prix Louis-Delluc. Quelques honneurs amplement mérités


Roger Cussol
Roger Cussol

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