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Journée Occitane à Cierp-Gaud : "La danse traditionnelle n'est pas une danse de musée mais une danse vivante"

Rencontre avec Marie Sarrailh, l'une des chevilles ouvrières de l'association "Dançam", organisatrice de la manifestation de ce samedi 10 juin.



Samedi 10 Juin 2017
Nadyne Vern-Frouillou


(Photo Dançam)
(Photo Dançam)
Comme chaque année, l'atelier de danses traditionnelles "Dançam" termine la saison d'initiation par une journée occitane qui se déroulera ce samedi 10 juin à la salle des fêtes au stade de Cierp-Gaud.

Au programme : un stage de danses du Lauragais et de traversées d'Ariège à partir de 14h.

"Les danses ariègeoises sont de plus en plus jouées par les groupes et au delà de l'apprentissage un peu sauvage dans les bals, il est nécessaire de se perfectionner en stage", explique Marie Sarrailh, une des chevilles ouvrières de Dançam. 

Un repas rassemblera tous ceux qui auront pris soin de réserver (06 34 95 71 22) avant que Les Lumbrets (Les éclairs) n'entraînent tous les danseurs de la région dans un baleti dont la diversité des danses ravira les plus exigeants.
Les Lumbrets arrivent du Lauragais et outre les danses locales initient aux danses dites "attestée", des danses venues d'ailleurs (même de l'étranger comme la polka ou la mazurka) mais qui se sont si bien implantées, qu'elles sont "attestée"locales).

Cette manifestation est l'occasion de faire plus ample connaissance avec Marie Sarrailh, la secrétaire de l'association "Dançam" dont le parcours de "conservatrice" des traditions est jalonné de souvenirs très vivaces qui de la Vallée d'Ossau, en passant par l'Afrique, l'ont amenée en Comminges, porteuses de témoignages très intéressants.

Marie sarrailh vit à Juzet-de-Luchon depuis trente trois ans. "Je suis arrivée ici pour enseigner le secrétariat (devenu bureautique) au lycée de Luchon. Pour moi qui étais originaire de Bielle, en vallée d'Ossau, c'était inespéré d'avoir un poste aussi près de la montagne, c'est pour ça que trente ans après, j'y suis encore !"

Inespéré puisqu'avec une autre postulante, nouvelle titularisée comme elle, elles ne furent que deux à obtenir une nomination nationale dans le sud de la France. "Rentrant d'Afrique, je m'étais d'ailleurs dit, si je suis nommée dans le nord , je repars !"

Comment Marie Sarrailh a t-elle découvert la danse ?

"D'abord il y avait la langue en moi, mes parents parlaient "patois" comme ils disaient alors, en fait ils parlaient Béarnais entre eux, mais bien sûr pas à nous les enfants. Il n'empêche qu'en les entendant, je suis parvenue à une compréhension totale de la langue et qu'il y a aussi quelques restes pour la parler, mais je ne sais pas l'écrire. Il faut dire que la vallée d'Ossau était riche de traditions très fortes, de danses et de chants, "la cantera", ce phénomène qui consiste à chanter de façon spontanée dès qu'on est un petit groupe. Cela a baigné ma jeunesse jusqu'à ce que parte à dix-huit ans dans un milieu étudiant où il était de bon ton d'oublier voire de mépriser ces traditions au profit de musiques plus modernes. Cependant quand on se retrouvait entre Ossalaises et Aspoises, on chantait spontanément".

Ce mépris estudiantin ne la surprenait pas puisque son père jouait de l'accordéon dans un petit orchestre de variétés,  "il y avait aussi une batterie mais aucun instrument traditionnel et il ne fallait pas lui parler de branle ! Il se voulait musicien moderne !"

Marie Sarrailh se souvient aussi de son institutrice, une Parisienne "qui avait marié un Palois  et qui, grâce à son regard extérieur a valorisé les chants et les danses auxquelles nous n'attachions aucune valeur patrimoniale. Pour nous, c'était du commun, de l'ordinaire. Elle a même créé un groupe "La cujala" [kuyalo] d'Ossau, (en montagne, la cujala est l'enclos des bêtes précise Marie Sarrailh) et nous dansions trois sauts propres à la vallée, la craba, [krabo] lo peiroton [lou péïroutou] et le Monein et bien sûr le branle d'Ossau dont la notoriété me surprendra bien plus tard, quand j'ai découvert qu'il était connu bien au delà de ma vallée d'Ossau, je fus sidérée !"

Marie Sarrailh découvrira  qu'il existe bien d'autres sauts béarnais mais ne sait pas pourquoi seuls trois existaient ou ont été sauvés dans "sa" vallée.

On compare souvent les Béarnais aux Basques bondissants mais nous, nous ne bondissons pas ! Nos sauts rasent beaucoup plus le sol. (NDLR : il n'empêche que, expérience faîte, pour pratiquer les fameux sauts béarnais, il faut une sveltesse et une légèreté et une agilité des jambes et des pieds bien spécifiques que n'ont pas des danseurs d'autres régions d'Occitanie).

Quand Marie Sarrailh arrive à Luchon, en 1984, elle renoue avec le milieu de la danse et la langue : "Je me souviens de jeunes étudiants, qui jouaient dans un groupe qui s'appelait "La gaveca" [la gavéko] , "La chouette", plus tard ils se sont retrouvés et ont baptisé le groupe "Et chot", Le hibou ! Il y avait les frères Apiou, Pierre et Jean-Marc, le père venait de la vallée d'Aspe et leur mère était luchonnaise. Il y avait aussi Bernard Arrous, il ne jouait pas mais il parlait très bien la langue, avec ses oncles de Gouaux-de-Larboust. Il est devenu prof d'occitan à Tarbes".

Marie Sarrailh évoque aussi, les yeux encore pétillants de bonheur et la voix joyeuse, les fêtes de carnaval "extraordinaires" dit-elle, organisés par la MJC. C'était en 1985-1986, ils faisaient même le procès de Saint Pançard en occitan. (Ses racines béarnaises ressurgissent, Saint Pançard est le Monsieur Carnaval palois qui fait encore parler de lui en ce XXI° siècle).

"J'étais déguisée, poursuit-elle, mais j'étais juste spectatrice, ça se faisait avec toutes les écoles de Luchon, il y avait un monde fou. On peut dire que c'était des fêtes mémorables. Dans ces années-là, il y avait encore un peu de chants spontanés dans les cafés de Luchon. Bien sûr à côté de ce que j'ai connu en vallée d'Ossau, c'était peu, mais "la cantera" existait encore..."

"Après il y a eu boulot, boulot, boulot, rando, rando, rando !" et Marie Sarrailh ne retrouvera la danse traditionnelle qu'en 2009.

"Je suis allée à Cierp-Gaud, à un bal à la voix , le groupe vocal féminin s'appelait "Taï cosi", je taille et je couds traduit-elle en joignant le chant à la traduction !

Et ce soir-là, Marie Sarrailh retombe dans la marmite !

"J'ai été séduite par l'ambiance, le côté festif, la découverte de nouvelles danses. A la rentrée suivante , j'ai intégré l'atelier de Dançam et je suis devenue secrétaire deux ans après".

Marie Sarrailh précise, presque avec virulence "Nous ne sommes pas un groupe de spectacle. Nous ne faisons pas des démonstrations mais de l'animation, nous invitons les gens à danser. C'est tout l'intérêt de ces bals trads, ces danses en groupe qui permettent de partager, de se rencontrer et la musique est gaie, entraînante. Nous sommes vingt cinq, la moyenne d'âge est entre cinquante et soixante ans, il y a quelques jeunes de quarante ans et ponctuellement de très jeunes mais dès que les études les éloignent, ils ne peuvent pas venir aux ateliers qui ont lieu le mercredi soir. Nous organisons le bal à la belle saison car, en novembre, comme nous faisions auparavant, avec le mauvais temps il fallait avoir le courage de venir jusqu'à Cierp-Gaud. Les danseurs venaient surtout de Saint-Gaudens, de Boussens, de Gourdan-Polignan, maintenant nous avons de plus en plus de Luchonnais, mais curieusement pas des danseurs des groupes folkloriques".

Expérience faite, je comprends la déception de Marie Sarrailh. C'est encore difficile de faire comprendre que la danse traditionnelle n'est pas une danse de musée mais une danse vivante.
Certaines personnes voulant rejoindre Dançam demandent très souvent "Et est-ce que vous faites souvent des spectacles ?".

Heureusement, se réjouit Marie Sarrailh, maintenant il y a un regain avec le groupe qui porte bien son nom puisque "arredalh" signifie "regain".

Ils ont relancé des fêtes de villages où elles avaient disparu, à Baren, le village de Wilfrid, à Cathervielle, à Gouaux-de-Larboust.

Au début Arredalh nous a demandé de servir d'animateurs, pour entraîner les gens sur la piste, leur montrer, les inviter, ils ont créé cet engouement et parce qu'ils suscitent un nouvel intérêt, ils nous renvoient l'ascenseur puisque pour pouvoir aller danser avec Arredalh, des nouveaux intègrent Dançam.
Cette échange spontanée est fantastique.
Bien sûr Marie Sarrailh n'est pas seule à Dançam ! Outre le bureau composé de la présidente Georgette Ponsolle, de la trésorière (au nom prédestiné !) Cathy Peyet... (mais en bon occitan on prononce le "t" final me fait remarquer Marie!) il y a "l'élément moteur, Françoise Noble, notre formatrice, explique Marie Sarrailh. Elle est d'origine niçoise, elle a d'abord pratiqué les danses de son "pays nissart" avant de venir à Toulouse pour raisons professionnelles. En terre "mondina" elle a fait des stages de danses avec Pierre Corbefin qui était alors directeur du Conservatoire occitan et danseur très réputé qui pratiqua en son temps un important travail de collectage. C'est encore son activité dans le domaine de l'environnement qui la rapprocha des Pyrénées, elle s'installa à Fos d'où hélas ! Elle fut chassée au moment des terribles inondations de 2013 et vint s'installer à Fronsac, plus proche de Cierp-Gaud".
      
Ce samedi 10 juin , une excellente occasion de mieux connaître l'association "Dançam" et de passer une excellente après-midi et soirée à Cierp-Gaud .
Pour en savoir encore davantage : www.dancam31.fr


Les Lumbrets
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Nadyne Vern-Frouillou
Nadyne Vern-Frouillou

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