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Occitanie : il y a 773 ans, le bûcher de Montségur

Dans sa chronique mensuelle Occitane, Nadyne revient sur Montségur, symbole du génocide cathare.



Jeudi 16 Mars 2017
Nadyne Vern-Frouillou


16 mars 1244 - 16 mars 2017 : 773° anniversaire du bûcher de Montségur

La forteresse de Montségur au sommet du pog
La forteresse de Montségur au sommet du pog
16 mars 1244 : un cortège silencieux quitte la forteresse de Montségur. Deux cent sept parfaits ayant refusé de renier leur foi cathare, marchent, lentement, enchaînés, sur le sentier qui descend du "pog", ils suivent l'évêque cathare Bertrand Marty, apercevant au loin les derniers préparatifs de ce qui va devenir l'immense bûcher dans lequel ils vont être jetés.

Leurs chants, leurs cris montent dans le rougeoiement et le crépitement des flammes avant qu'une épaisse fumée n'obscurcisse ce qui deviendra le "prat dels cramats" (pré des brûlés" en occitan) où s'installe un silence pesant.

Ainsi pourrait-on raconter succinctement ce martyre qui, après dix mois de siège, marque la fin de la croisade contre les Albigeois.

Il serait prétentieux de vouloir résumer en quelques lignes ce qui fut très (trop) longtemps appelée la croisade des Albigeois au lieu de croisade contre les Albigeois, cependant pour expliciter Montségur, il est nécessaire de faire un rapide survol de cette terrible période que l'on pourrait résumer par la phrase d'un moine cistercien, Césaire d'Heisterbach, attestant la réponse du légat du pape Arnaud Amalric à ceux qui lui demandent comment séparer les hérétiques des autres : "Tuez-les tous, car le Seigneur connaît ceux qui sont à lui."

Le catharisme est une doctrine religieuse (considérant le monde œuvre du diable), d'origine chrétienne, qui, considérée comme hérétique fut combattue durant l'inquisition.

Le terme hérésie provient du grec signifiant choix.

Les trois vœux que prononçaient les cathares : chasteté, vérité, humilité... très proches des vœux prononcés par les moines d'obédience catholique romaine.

15 janvier 1208 : Assassinat de Pierre de Castelnau, légat du Pape, par un écuyer du comte  Toulouse Raymond VI.  Le pape Innocent III saisit l'occasion de recourir à la force pour abattre l'hérésie cathare et prêcher la croisade contre les Albigeois.

Tout comme, parce que la corporation drapière fut un fief particulièrement réceptif au catharisme, le mot "tisserand" fut synonyme de cathare, l' Albigeois ayant été une terre d'élection de " l'hérésie" donna son nom à la funeste croisade. Albi fut considéré comme un foyer hérétique depuis que Saint-Bernard y avait été reçu par un chatrivari.

Les faydits ou faidits sont les chevaliers et les seigneurs occitans, dépossédés de leurs fiefs et de leurs terres parce que  punis de faidiment , soit parce qu'ils étaient des croyants cathares et donc coupables directement d'hérésie, soit parce ils refusaient de prêter allégeance aux meneurs de la croisade, ce qui faisait d'eux (aux yeux des croisés) des protecteurs des hérétiques (ce qui était dans certains cas vrai, certains parfaits et parfaites étant parfois des membres de leur famille).

Les parfaits et parfaites, qui ne s'appelaient jamais ainsi mais "Bonshommes" ou Bonnes femmes ou Bons chrétiens et Bonnes chrétiennes étaient  une sorte de pasteur de l'Eglise cathare. Ils avaient reçu le consolamentum : c'était l'événement le plus important de la liturgie cathare, un baptême spirituel (sans eau), véritable passage entre l'état de croyant et celui de parfait ou parfaite .

Après vingt ans de violents combats, la croisade contre "l'hérésie" cathare aboutit en 1229 à la soumission du comte de Toulouse. Mais les exactions des croisés venus du Nord (dont la principale figure est le sinistre impitoyable bourreau Simon de Montfort qui mourut sous les murailles de  Toulouse le 12 juin 1218 ) suscitent la rébellion de nombreux  Bonshommes et faidits qui trouvent refuge auprès de forteresses dont le seigneur est acquis à leur cause.

Parmi ces lieux de retranchements, Montsegur ("le mont sûr" en occitan) en Ariège, perché à  1207m d'altitude, sur un piton rocheux (pog ou pech en occitan) au milieu des forêts, qui avait été renforcé dès 1204 par le seigneur du lieu, Raymond de Péreille, à la demande de la communauté cathare.

La croisade contre les Albigeois fut la cause de la destruction du patrimoine bâti et de la mort de plus d'un million d'Occitans (les  plus terribles sièges : Béziers, Carcassonne, Lavaur, Minerve avec le premier bûcher le 22 juillet 1210).  

Les troupes folkloriques témoignent de ce carnage en portant le deuil, symbolisé par une (ou parfois plusieurs) bandes noires dans le bas des jupes des danseuses.
 
Guilhèm BELIBASTE fut le dernier parfait, jugé à Carcassonne, il est brûlé le 24 août 1321 dans le château de Villerouge-Termenès, résidence de l'archevêque de Narbonne son seigneur, qui l'avait déjà condamné pour meurtre.

16 octobre 2016 : dans le cadre du jubilé de la miséricorde initié par le pape François, la communauté catholique de l'Ariège a choisi de panser des plaies restées à vif depuis plus de huit siècles, en célébrant une messe dans l'église de Montségur.

Cette démarche de pardon pour le massacre des cathares, expliqua-t-on, à l' évêché de Pamiers avait pour objectif de "purifier la mémoire de l'histoire locale" en précisant "Il y aura toujours des anticléricaux qui mettront ça sur le compte de l'église mais  il ne faut  pas oublier que c'était en réalité une guerre de conquête menée par les barons du nord contre une Occitanie libre."



Occitanie : il y a 773 ans, le bûcher de Montségur

Nadyne Vern-Frouillou
Nadyne Vern-Frouillou

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