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Quand l'Occitan fut relégué par François 1er au rang de "patois" !

Pour les Occitans, le 10 août est un triste anniversaire. Notre chroniqueuse Nadyne nous rappelle qu'il y a 478 ans, le 10 août 1529, François 1er signait l'ordonnance de Villers-Cotteret qui "rabaissait" la langue occitane au rang de "patois"...



Jeudi 10 Août 2017
Nadyne Vern-Frouillou


Quand l'Occitan fut relégué par François 1er au rang de "patois" !
Quatre cent soixante dix huit ans aujourd'hui, quatre siècles et soixante dix-huit années que la LANGUE du peuple d'Occitanie a été rabaissée au rang de "patois", "langage réservé aux gens vulgaires et aux animaux" (définition que l'on trouve encore dans certains dictionnaires).

Depuis, heureusement, l'Occitan, la langue d'oc a retrouvé de sa superbe mais il existe encore trop de gens qui ont conservé l'appellation méprisante qu'on leur a imposée et n'osent pas s'exprimer dans leur langue en dehors d'un cercle très fermé.

Retour sur la tristement célèbre "ordonnance de Villers-Cotteret", petite ville du Valois née de la passion de la chasse puisque presque entièrement entourée par la forêt de Retz.

Mais, pour les historiens, cette ville est née en 1539 lorsque François Ier promulga l'un des textes majeurs de l'ancienne législation française : "l'Ordonnance de Villers-Cotterêts". Appelé aussi "Ordonnnance Guillelmine", parce que préparé par le chancelier Guillaume Poyet (1473-1548).

L'ordonnance comprend cent quatre vingt douze articles qui portent réforme de la juridiction ecclésiastique, réduisant certaines prérogatives des villes, organise l'Etat Civil et impose l'usage du français - à la place du Latin - dans la rédaction des jugements et des actes notariés.

Par l'importance et la richesse de son contenu l'Ordonnance royale du 10 Août (promulguée le 25 et enregistrée au parlement de Paris le 6 septembre 1539) marque un tournant dans l'Histoire de France. Elle constitue en effet un ensemble de dispositions destinées à réorganiser la justice Elle fait obligation aux curés de chaque paroisse de tenir un registre des baptêmes et sépultures.
 
Cependant les Occitans (Occitanie française = trente deux actuels départements de l'Atlantique à l'Italie et des Pyrénées /Méditerranée jusqu'à Guéret, la commune la plus septentrionale de l'Occitanie), retiennent que cette ordonnance impose l'usage du Français dans les documents administratifs (jugements des tribunaux, actes notariés) et de ce fait annihile la langue d'oc. 

L'Ordonnance précise en effet que tous les actes judiciaires et les actes notariés seront "prononcés, enregistrés et délivrés aux parties en langage 'françois' et non autrement".
"Art. 111. - Et pour ce que telles choses sont souvent advenues sur l'intelligence des mots latins contenus esdits arrests, nous voulons d'oresnavant que tous arrests, ensemble toutes autres pen français, rocédures, soient de nos cours souveraines et autres subalternes et inférieures, soient de registres, enquestes, contrats, commissions, sentences, testaments, et autres quelconques, actes et exploicts de justice, ou qui en dépendent, soient prononcés, enregistrés et délivrés aux parties en langage maternel françois et non autrement. Donné à Villiers-Cotterets au mois d’aoust , l’an 1539, le 25. signé : françois."

En ciblant officiellement le latin, l’ordonnance impose le "françois" ( angue d'oil) dans tout le royaume au détriment des langues et dialectes des provinces. A partir de cette date la langue d’oc est désormais qualifiée de "patois" dominée par la langue d’oil "qui est un patois qui a gagné la guerre" (sic André Marchal, un Wallon élève de l’université occitane d’été de Laguépie). 
 
 

Des "nouvelles" rassurantes : parler occitan sans le savoir !

Malgré cette "tentative d'assassina"t, presque réussi puisqu'elle a engendré la honte chez les locuteurs naturels, l'occitan n'a pas été éradiqué et, malgré des périodes difficiles, la langue d'oc est toujours présente.

Je ne parlerai pas de son enseignement qui se développe (calendretas ou écoles publiques, ouverture d'une section occitan à Luchon à la prochaine rentrée) mais plutôt de la présence de la langue de façon souvent étonnante et méconnue :  la toponymie en particulier regorge de racines occitanes, de très nombreux noms de famille continuent aussi de témoigner de l'imprégnation de la culture occitane. 

On entend même des personnes prétendre, par snobisme, qu'elles ne connaissent pas la langue mais en les écoutant parler on découvre qu'elles utilisent des formulations qui ne sont que la traduction littérale de l'occitan !

Le plus surprenant est l'utilisation de la langue, à leur insu, même par des personnes qui ne font pas le choix de s'intéresser à la culture occitane.

La langue française est en effet étoilée d’une myriade de mots venus tout droit de l’Occitan… même en argot**… et en anglais !    

( ** "Que dalle ! Cet argot qui vient de l’occitan", un petit lexique instructif signé Florian Vernet  )
 
Outre nommer les villages, les villes, les lieux-dits, les rues, qui sait qu'il parle occitan sans le savoir ? (exemple : gadget ou caddie, purement gascon).
 
L'occitan est enseigné dans de nombreuses université du monde (Autriche, Allemagne, Angleterre, Etats-Unis, Japon : il existe même un dictionnaire occitan-japonais !).

Au delà de l'apprentissage de la langue dans des sections où, certes, les étudiants ne sont pas légion il est important de savoir que les étudiants en lettres, dans les universités étrangères, sont tous sensibilisés à la culture occitane (via les troubadours), ce qui n'est pas le cas pour les étudiants en lettres en France...
 

Quel est le plus beau de la langue française...

Pour terminer, place au plus beau mot de la langue française qui est un mot occitan et que chacun prononce (j'espère!) tous les jours ?

Quel est-il ?

Vos propositions à "Luchon Mag" et réponse dans la prochaine édition !

Vidéo. Claude Marti : Perque m'an pas dit...


Nadyne Vern-Frouillou
Nadyne Vern-Frouillou


1.Posté par glòria coronas socasau le 15/08/2017 10:33
Quin placer poder liège aquesta article de “luchonmag”, arà cau prene conciencia dera importància dera nòsta lenga tà rica coma qualsevol auta, e sustot deishatz de dide “patois”. Mercé plan.

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