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Soirée Cinévallée : "Les 7 Samouraïs" d'Akira Kurosawa

Une occasion unique de voir (ou revoir sur grand écran, l'un des monuments de l'histoire du cinéma. A ne rater sus aucun prétexte et ça se passe au Foyer de Juzet-de-Luchon, vendredi 20 mai, à 20h30.



Mercredi 18 Mai 2016
Roger Cussol


Présentation du film par Roger Cussol

Shichinin no Samourai (Les 7 Samourais) est un des monuments du cinéma mondial, et le film de Kurosawa qui a le plus influencé les occidentaux et les cinéastes américains. Il fera en effet l'objet d'un remake américain (Les 7 mercenaires de John Sturges) et influencera indirectement Sam Peckinpah, Francis Ford Coppola, ou encore George Lucas, qui déclarera avoir vécu "une expérience bouleversante" et un "véritable choc culturel" à la vue de ce film.

Le film se déroule au XVI° siècle : des paysans d'un petit village doivent faire face aux attaques annuelles d'une bande de brigands d'une quarantaine d'hommes, qui vient piller toutes les récoltes.

Désespérés, ils ne savent plus que faire pour garder de quoi manger pendant le reste de l'année : certains proposent de cacher une partie de la récolte, d'autres prônent une solution plus radicale, qui a déjà fait ses preuves dans d'autres villages : faire appel à des ronins (samouraïs sans maître).
Après une âpre discussion, qui fait ressortir les peurs des paysans, le village décide d'envoyer quatre représentants en ville, à la recherche de samouraïs.

Le problème, c'est qu'il n'ont que du riz à offrir à des mercenaires, et subissent de nombreuses humiliations par des samouraïs qui ne cherchent que de l'argent.
Le hasard les met cependant en contact avec Kambei, noble vétéran, qui, ému par leur détresse, décide de rallier leur cause. Il faut alors se mettre en quête d'autres samouraïs, ce qui devient plus facile avec un leader comme Kambei.
Après avoir trouvé 5 autres ronins, le groupe se met en route pour le village.

Cependant, un intrus les suit, qui semble complètement fou : c'est Kikuchiyo (Mifune) que le groupe, d'abord railleur, va finalement accepter.
Après avoir monté un système de défense dans le village (les deux groupes apprennent alors à se connaître et à travailler ensemble), les protagonistes attendent anxieusement la bataille finale. Souvent catalogué comme une sorte de western nippon, Les 7 Samouraïs s'en démarque pourtant en substituant aux notions de héros, de bons et de méchants, des rapports de force et de dépendance. Kurosawa est très éloigné des mythes fondateurs du western : les samouraïs ne sont ni des héros ni des surhommes (on voit Kikuchiyo pleurer devant le spectacle de la pauvreté des paysans et Kambei déclarer après la victoire finale, devant le spectacle des samouraïs morts : "Nous avons encore perdu ! Ce sont les paysans les vainqueurs, pas nous !... ")

C'est en effet l'aspect social du film qui fait sa principale force : on voit les paysans (personnages aussi importants que les guerriers) travailler dur pour survivre et des ronins avec des personnalités complexes, loin de la brutale virilité affichée des héros de western : Kambei se considère comme un loser, Kikuchiyo est tiraillé entre ses origines paysannes et sa vie de samouraï...

Cependant si l'aspect social du film lui confère une dimension supplémentaire, la richesse de son histoire va bien au-delà. Car Les 7 Samouraïs est d'une complexité narrative et d'une densité étonnante. En effet, à travers l'attaque annuelle d'un village de fermiers par une bande de pillards, thème loin d'être révolutionnaire, le cinéaste tisse subtilement plusieurs histoires distinctes ayant chacune son thème propre. Il y a bien sûr toute la stratégie de défense et sa mise en place par Kambei, l'entraînement des villageois et les scènes d'attaques qui constituent l'aspect film d'action.

Mais ces scènes de chaos sont précédées, entrecoupées ou immédiatement suivies de plans calmes mettant en exergue ces affrontements. Une autre composante majeure du récit concerne Kikuchiyo. Il est interprété par un magistral Mifune (17 ans de collaboration et 15 réalisations avec Kurosawa) qui offre là une de ses prestations les plus abouties. Ce personnage qui se déclare samouraï est irrésistible, totalement extraverti, et sa folie n'a d'égale que son impertinence. Fils de paysans, on apprend qu'il s'est engagé dans ce combat pour que ce qu'il a lui-même vécu jeune (les attaques sanguinaires de pillards) ne se reproduise pas. Son inconscience passera pour du courage lors de quelques actions d'éclat; il sera également celui qui fera rire et qui nouera le contact entre le groupe de samouraïs et les villageois.

L'histoire de Katsushiro, elle, symbolise le passage de l'enfance d'un apprenti samouraï à l'âge adulte. Shino, la fille d'un fermier, lui fera connaître son premier amour, malgré les efforts de son père pour la protéger des samouraïs (il lui coupera les cheveux et l'habillera de manière fruste pour être la moins séduisante possible) : Kurosawa tourne à l'occasion l'unique scène d'amour de sa carrière. Tout au long du film il mûrira, mais ni lui ni Shino ne pouvant s'opposer aux traditionnelles séparations de classe sociale entre les paysans et les samouraïs ( "Une fermière, s'enticher d'un samouraï ? Impossible !" crie le père de Shino ) il connaîtra son premier chagrin d'amour. Le fait de tuer pour la première fois marquera également Katsushiro : de la personne candide du début du film, il deviendra un homme mélancolique et légèrement désabusé. 


Les autres personnages ont tous des traits de caractère marqués et une identité propre. Comme souvent dans les films de Kurosawa, la nature occupe une place importante : dans les moment de tension morale, un vent violent souffle, et lors de la grande bataille finale, une pluie torrentielle s'abat sur les combattants, tout comme durant le final de Rhapsodie en Août, où la grand-mère court sous la pluie battante pour noyer son chagrin.

La musique est l'œuvre de Fumio Hayasaka, qui a collaboré de nombreuses fois avec le réalisateur. Elle est composée de différents thèmes, chacun d'eux étant associé à un certain groupe de personnages. Il y a un thème pour les bandits, que l'on entend en premier lors de leur décision d'attaquer le village, un autre pour les paysans, et bien sûr un pour les samouraïs. Cette technique, issue de l'opéra, a été souvent utilisée au cinéma, par exemple par John Williams (pour la musique de Star Wars, notamment).

Au final, Les 7 Samouraïs est un échiquier combinant beaucoup de genres différents (action, comédie, drame…) où éclate le génie de Kurosawa, et s'impose comme l'une des œuvres les plus globales du cinéma.

Un film unique, qui témoigne de l'immense talent de son réalisateur et de ses interprètes, et duquel le temps qui passe ne saurait ternir l'éclat.


Roger Cussol
Roger Cussol

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