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Avec Cinévallée, le staff Benda Bilili... arrivé à Juzet-de-Luchon ce jeudi !

Il ne faut rater sous aucun prétexte cet extraordinaire documentaire qui consacre le talent et l'énergie sidérante de ce groupe de musiciens congolais. Présentation du film par Roger et galette offerte par Cinévallée en fin de séance.



Mercredi 18 Janvier 2017
Roger CUSSOL


Une aventure commune

Avec Cinévallée, le staff Benda Bilili... arrivé à Juzet-de-Luchon ce jeudi !
Quand en mars 2009 les premières notes de l’album Très très fort ! commencent à retentir sur les radios françaises, les auditeurs sont loin de se douter de l’histoire peu commune qui se cache derrière ce petit bijou musical ; celle d’un groupe composé de 5 paraplégiques et de 3 "valides" qui vivent dans les rues de Kinshasa et créent, sur des instruments de récupération, une musique à nulle autre pareille…

L’histoire commence en 2005, lorsque les documentaristes Renaud Barret et Florent de la Tullaye, qui écument la scène musicale de Kinshasa (capitale de la République Démocratique
du Congo) pour un film sur les musiques urbaines, tombent sur ces musiciens des rues. Immédiatement sidérés par le contraste entre la misère dans laquelle ils se débattent et
l’incroyable énergie dégagée par leur musique, ils décident de tout arrêter pour les filmer.

En échange, ils promettent au groupe de l’aider à enregistrer un disque et à se faire connaître en Europe.

Benda Bilili ! est le reflet de cette aventure commune qui réunit le groupe kinois et les jeunes cinéastes français à partir de ce pacte originel.Tourné sur cinq longues années, au fil
des séjours à Kinshasa des cinéastes, le film suit la marche cahotique du groupe vers le succès.

Cette genèse lui donne sa facture si particulière : aux ellipses de plusieurs mois, quand le groupe retombe dans une léthargie forcée, succèdent de brusques accélérations du récit, quand tout d’un coup les événements s’emballent.

Les coups de pouce des deux français, discrets mais omniprésent "deus ex machina" (ce sont par exemple eux qui présentent au groupe le petit Roger, qui va devenir un de ses
solistes), y font pièce aux coups du sort, comme l’incendie du centre d’hébergement pour handicapés qui jette à la rue la plupart des musiciens, et interrompt une première tentative
d’enregistrer un disque.

De la misère à la gloire

De l’anonymat et de la misère au succès et à la gloire, du labeur ingrat des répétitions à l’apothéose du concert final (ici aux Eurockéennes de Belfort), le film suit une trame finalement classique pour un film sur un groupe de musique.

Les passages musicaux, toujours "live", lui donnent son énergie communicative, et font entendre le son inimitable du groupe, mélange de rumba congolaise, de blues et de
reggae, joué sur des instruments rafistolés voire créés de toutes pièces (ainsi le "satongué" de Roger, constitué d’une boîte de lait, d’un manche en bois et d’une unique corde).

Une des plus belles séquences du film, sur un plan à la fois musical et émotionnel, est celle où Roger, timide gamin des rues, est intronisé au sein du groupe avec son instrument
au look improbable : accordant son monocorde à l’oreille et attrapant la tonalité au vol, il se coule dans le rythme, s’intègre peu à peu à la chanson, improvisant le premier de
ces solos qui vont devenir une des marques de fabrique du groupe.

Ricky, Roger… et les autres

Mais la musique n’est pas le sujet de Benda Bilili !, qui raconte avant tout une aventure humaine. Le film vaut pour ses personnages hauts en couleur, Ricky, Coco, Theo, Junana, Roger dont il brosse le portrait par touches impressionnistes.

La narration se construit principalement autour de deux personnages et de la relation qui les unit : Ricky, à la fois leader, âme et factotum du groupe, et Roger, timide enfant
des rues qui, pris sous la houlette de Ricky, se révèlera un musicien virtuose.

Les aléas de ce tournage étalé sur cinq ans constituent dès lors un des atouts du film, puisqu’ils permettent de saisir le passage du temps et les métamorphoses des
personnages. Au fil des retrouvailles successives avec Ricky, on découvre ainsi les incroyables ressources dont il fait preuve malgré son handicap, exerçant différents
métiers et activités pour nourrir sa famille, sans jamais oublier son rêve musical.

Le temps permet également de saisir la mue émouvante de Roger, timide gamin des rues (il a été abandonné par sa famille incapable de subvenir à ses besoins) qui intègre
le groupe : trois ans plus tard il est devenu un adolescent ombrageux et un musicien accompli, qui explosera sur les scènes européennes dans des prestations survoltées à la
Jimi Hendrix.

Kinshasa, côté ombre

Autour de ces personnages principaux et du groupe en lui-même, la réussite de Renaud Barret et Florent de la Tullaye est d’avoir fait entrer dans leur cadre toute une réalité
sociale et géographique.

Des trottoirs défoncés du rond-point Sonas dans le centre-ville jusqu’aux pelouses pelées du zoo (où les grands fauves ont été mangés pendant la guerre civile), Benda Bilili !
nous propose la géographie impressionniste d’une grande métropole africaine : Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo (RDC), monstre urbain de 8
millions d’habitants.

Sans jamais perdre de vue ses personnages, sans jamais s’appesantir, Benda Bilili ! parvient à saisir au vol les réalités de la géographie kinoise : la misère, les inégalités,
l’économie informelle, le poids de la politique et de la religion… Et quand un camion bourré de supporters du président Kabila ou un véhicule blindé de l’O.N.U. traverse le champ (en mars 2009, au moment des dernières élections générales), on comprend que la guerre et ses horreurs ne sont jamais loin.

Un des phénomènes les plus poignants montrés par le film est celui des shégués, ces enfants des rues (orphelins ou délaissés par leur famille comme Roger) qui gravitent autour du groupe, survivant de rapines (les réalisateurs manquent de se faire « peigner » au début du film), de petits travaux ou de mendicité.

Un autre regard

En plongeant dans la « jungle » kinoise, Benda Bilili ! montre une réalité violente, et ces images blafardes de gamins errant dans la nuit ne sont pas sans rappeler celles du Cauchemar de Darwin d’Hubert Sauper (2005).

Mais Benda Bilili ! ne tombe jamais dans le misérabilisme.

Filmé au ras des trottoirs de Kinshasa, à même les cartons sur lesquels dorment les musiciens, Benda Bilili ! adopte leur point de vue. A l’image du point d’exclamation qui agrémente le titre du film, le Staff et sa musique diffusent une énergie inépuisable,
d’un incroyable optimisme.

Il est important de remarquer que cet optimisme ne résulte pas d’une disposition d’esprit un peu naïve ou béate : c’est plutôt une décision volontaire et d’une nécessité pour survivre.

Si les paroles du groupe tirent leur authenticité des difficultés quotidiennes vécues par ses membres et ceux qu’ils côtoient, elles portent un message d’espoir et de courage destiné à leur premier public, celui de la rue. Exaltant inlassablement les vertus de la solidarité et du travail, les chansons de Benda Bilili ! se font parfois plus militantes, ainsi quand elles exhortent les mères de famille à faire vacciner leurs enfants contre la poliomyélite.

Au-delà des apparences

"Au-delà des apparences" : c’est ce que signifient en lingala les mots Benda Bilili. On ne saurait mieux dire à quel point le groupe a constitué pour Ricky et Coco une revanche sur la vie.

Par leur art et par leur énergie, les musiciens du Staff retournent le stigmate social lié à leur handicap physique et à leur condition misérable (qui en est pour partie la conséquence), et invitent le spectateur à changer de regard.

Prenant le contrepied des idées reçues, le film de Renaud Barret et Florent de la Tullaye agit de la même manière, en allant à rebours de nos représentations, que ce soit sur le handicap
(étonnante scène de match de foot entre handicapés) ou sur l’Afrique

Séance, côté pratique :



Roger CUSSOL

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Roger CUSSOL

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