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Juzet-de-Luchon : "Phantom of the Paradise" de Brian de Palma au programme de Cinévalée

Une séance programmée jeudi 15 juin à 20h30 au foyer rural de Juzet-de-Luchon. Sans oublier la présentation initiale par Roger et pour terminer agréablement la soirée, échange d’impressions et commentaires autour d'un petit buffet convivial.



Mercredi 14 Juin 2017
Roger Cussol


agréablement la soirée, échange d’impressions et commentaires autour d'un petit buffet convivial

Winslow, grand flandrin naïf, compositeur de son état, signe un pacte diabolique avec Swan, mystérieux et maléfique directeur de Death Records. Lequel lui vole illico sa musique et la femme qu'il aime. Après avoir été chassé, défiguré, presque tué, Winslow revient se venger...

Il faut voir et revoir ce petit bijou bizarre, musical et fantastique, à la fois noir et étincelant, tourné en 1974 par Brian De Palma.

Ne fût-ce que pour sa formidable bande-son, sarabande hétéroclite de toutes les tendances de l'époque, de la pop suave au glam-rock, en passant par les débuts du heavy metal. A l'époque, Brian De Palma a déjà plusieurs films au compteur mais il demeure un cinéaste marginal aux Etats-Unis et quasi-inconnu en Europe. Il a réalisé des films à petits budgets et minces recettes comme Greetings, Hi Mom!, The Wedding party ou Dionysus in 69, inspirés par le cinéma-vérité et le free cinéma anglais, infusés par les bouleversements politiques et artistiques de leur époque.

Au cours du tournage, De Palma entre justement en conflit avec le dit système : le studio refuse ses idées trop novatrices, finit par le virer et par prendre le contrôle du montage final. S’inspirant de cette expérience de cinéaste dépossédé de son film, De Palma imagine l’histoire d’un musicien candide, Winslow Leach, dont la cantate est volée et réarrangée par Swan, un producteur tout puissant et peu scrupuleux. Le nabab lui vole aussi la fille dont il est amoureux. Décidé à se venger, Winslow Leach revient hanter la salle de spectacle, le visage masqué par un casque (il a été brûlé dans une presse à disques), pour saboter le nouveau show de Swan, puis pour retourner la manipulation à l’envoyeur en prétendant travailler avec lui.

On voit bien comment cette histoire brasse une nuée de thématiques et d’influences. Phantom of the Paradise recycle bien sûr Le Fantôme de l’opéra, le mythe de Faust et du combat entre l’âme artistique et le diable du commerce, la légende de La Belle et la bête, ainsi que la figure de Dorian Gray et du désir d’éternelle jeunesse à travers le personnage dandy de Swan.

L’idée du spectacle snuff vient de l’assassinat de Kennedy à Dallas (la ville où est tourné le film), le premier meurtre télévisé de l’histoire qui est aussi un fait majeur de l’histoire américaine récente et qui hantait encore puissamment l’inconscient collectif au moment du film.

Les allusions à des figures réelles du spectacle sont également abondantes : Swan est une sorte de mix entre Phil Spector, Kim Foley, David Geffen, mâtiné de l’aspect secret, cruel et omniscient d’un Mabuse. Le musicien génial mais trop fragile et idéaliste pour le milieu cynique du showbiz a quelque chose de Brian Wilson. Et l’esthétique du glam rock alors en plein essor infuse le film tant du point de vue de la musique que des costumes et du recyclage outré, baroque, de formes anciennes. Les groupes qui défilent évoquent ainsi David Bowie, Roxy Music, Gary Glitter, Alice Cooper qui en ont rajouté dans le maquillage, le travestissement, la théâtralité et les tenues extravagantes, parfois jusqu’au grand guignol – et de ce point de vue, De Palma navigue allègrement entre l’hommage et le regard moqueur, le pastiche et la parodie.

Le film est presque entièrement tourné dans une salle de spectacle à l’ancienne de Dallas. Il s’y déroule aussi en quasi-intégralité.

Le vrai monde, les rues des villes, la nature sont presque totalement évacués. Presque toute l’action se déroule dans la salle, sur scène, dans le public et dans les coulisses, segmentation des espaces qui symbolise les plafonds et cloisons de verre forcément moins visibles de la société.

De même qu’il y a le peuple et les élites, il y a dans la salle le public, les artistes et ceux tirent les ficelles dans l’ombre. La salle de spectacle et le milieu du rock sont des métaphores dans lesquels De Palma met en scène sa vision de l’industrie culturelle qui est aussi sa vision du monde.

Tenant à la fois de Fritz Lang et de Guy Debord, cette vision brouille les frontières entre réel et fiction, réalité et spectacle, vérité et simulacre, un monde ultimement morbide où le système trop fort récupère toujours ceux qui le contestent, où le pouvoir appartient au plus cynique, à celui qui maîtrise la mise en scène et les images, qui voit tout sans être vu.

Phantom of the Paradise a correctement marché aux Etats-Unis et fait plus d’un million d’entrées en France (son seul film précédemment distribué ici, Sisters, en avait totalisé 34 000). C’était déjà son 8ème film mais c’est celui qui a installé De Palma dans le paysage des cinéphiles et cinéphages français. Parmi ceux-là, certains sont devenus cinéastes (Bertrand Bonello), critiques et activistes du cinéma (Jean-Baptiste Thoret, Luc Lagier…) ou même musiciens.

Ainsi, les Daft Punk semblent avoir repris dans ce film leur accessoire distinctif, le casque-masque. Voir sans être vu.

Cet hommage est le signe de l’incroyable destin d’un film qui après avoir recyclé, critiqué et parodié la pop culture de son époque a fini par innerver celle d’aujourd’hui, quarante étés plus tard.

Mais c’est le propre des fantômes que de traverser les murailles, y compris celles du temps.

D'après Serge Kaganski , LES INROCK'S

 

N'oubliez pas de consulter le site de Cinévallée : cinevallee.fr



Roger Cussol

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Roger Cussol

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